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Publié le 1/9/2003
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  •                   EVANGILE  DE  PHILIPPE 
     
                   Paraphrases et considérations
                            Par Nicole Daumard
     
     Summa scientia, nihil scire: savoir suprême, ne rien savoir.
     
        Serait-ce que le savoir ne laisse pas assez de vide dans                       
    la tête pour qu’elle soit illuminée sans ombres portées ?
     
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    introduction

    Pourquoi l’Evangile de Philippe, qui fait partie des très anciens manuscrits d’une bibliothèque gnostique des premiers siècles, découverte en 1945 à Nag-Hammadi en Egypte, est-il apparemment un véritable puzzle ? Fallait-il déjà aux IIe ou IIIe siècle cacher certains enseignements ? La « grande église » de Rome, ancêtre de l’Eglise catholique, avait-elle déjà commencé à traquer, pour les expurger ou les détruire, les écrits dont la doctrine ne correspondait pas exactement à la sienne ?

    Dans la tradition alchimique, il semble aussi que les auteurs aient pris l’habitude d’interchanger certaines phrases ou certains paragraphes en sorte que seuls puissent s’y reconnaître les lecteurs avertis, et afin que ceux qui n’y voyaient aucun sens ne soient pas tentés de les dénaturer ou de les faire disparaître. En réalité cette façon de faire remonterait à la plus haute antiquité où les « mystères » n’étaient divulgués qu’aux initiés. A ce propos, la Bible aussi aurait un sens voilé.

    S’agirait-il d’une mise par écrit d’un enseignement secret transmis oralement, et ne pourrait-il être celui-là même de l’homme que Philippe appelle Jésus à ses plus proches disciples ?

    L’Evangile de Philippe est un écrit « savant », comme tous les textes gnostiques, dans le sens qu’il s’y passe un jeu subtil entre le sens propre et le sens figuré de certains termes clés, entre le sens ordinaire de certains mots ou propositions, et les images évoquées ainsi que les sens symboliques possibles. L’auteur ne manque pas non plus de jouer avec les inévitables contradictions apparentes de la vie, le jour et la nuit, la vie et la mort... ce que l’on appelle « les extrêmes », c’est-à-dire les aspects opposés inhérents à la dualité de l’existence terrestre, dont on trouve d’ailleurs le symbole dès les premières pages de la Bible, sous la forme des ténèbres et de la lumière, des eaux et de la terre, de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. La pensée gnostique se joue aisément de toutes ces contraires, ainsi que des sens différents d’un même concept, car elle connaît et voit l’unité sous-jacente du tout, d’où vient sans doute l’expression « les extrêmes se touchent » et l’image de l’ouroboros, le serpent qui se mort la queue.

    Or le malheur des hommes a justement pour cause cette dualité des extrêmes, qui est à la base de toute réflexion philosophique et religieuse sur la condition humaine, et a inspiré à Hegel, par exemple, le concept de « dialectique ». On dirait que cette dualité a été créée pour nous faire rêver d’une unité apparemment inaccessible ici-bas, rêver d’un monde où le bonheur n’aurait pas pour pendant le malheur, l’amour, la haine... Il semble que l’homme, dans son ignorance, s’acharne de toutes ses forces, mais en vain, à établir cette unité sur terre ; tandis que le gnostique « sait », parce qu’il le vit, qu’il existe un monde où elle existe. Il ne s’agit pas d’une autre planète, mais d’une autre nature. « Mon royaume n’est pas de ce monde », dit Jésus.

    Le dualisme facile à observer dans notre monde n’a donc rien à voir avec celui des gnostiques. Et le désir ancestral
    de résoudre le dualisme terrestre du bonheur et de la douleur, du froid et du chaud, de l’ici et de là-bas... n’est que le reflet de la profonde aspiration du gnostique de tous les temps à s’échapper de la matière où l’homme s’enlise pour atteindre la nature divine. La Gnose en donne la connaissance et la possibilité.

    Toutes ces caractéristiques portent à conclure que l’Evangile de Philippe est un texte typiquement gnostique, d’une époque où la Gnose a inspiré une profusion d’écrits et de mouvements divers dans le monde entier, parmi lesquels le christianisme des premiers temps. Philippe était un gnostique, or c’est le propre du gnostique de recevoir les révélations intérieures nécessaires à sa progression sur le chemin de l’initiation, et à la tâche qui lui est confiée sur cette terre pour la délivrance de l’humanité.


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    Je dédie ce travail, qui est résolument un témoignage de ma démarche intérieure vécue, à mes enfants et petits-enfants, à mes amis, à mes frères et sœurs rose-croix, et surtout à Jan van Rijckenborgh et à Catharose de Petri, fondateurs de la Rose-Croix d’Or, à qui je suis redevable de tout ce qui est dit ici, concepts qui figurent amplement développés dans tous leurs écrits, dont je n’ai pas fait de citations particulières, car il aurait fallu citer l’œuvre entière...
    L’enseignement de la Gnose est un et unique à travers tous les temps, l’Evangile de Philippe en est une preuve parmi tant d’autres. Le travail du candidat sur le chemin de la vérité éternelle est de retrouver intérieurement cet enseignement, non seulement en le comprenant intellectuellement, mais en le vivant dans son esprit, son âme et son corps. Après quoi, à son grand étonnement, il découvrira que beaucoup entreprirent ce travail, dans tous les siècles et dans le monde entier.

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    Le texte français établi ici l’a été d’après une traduction française où figurent entre parenthèse les termes grecs conservés dans le texte copte, la traduction parue dans la série « Textes gnostiques de Shenesêt » par A. Wautier, Ed. Ganesha, et la traduction en anglais parue dans « The Nag Hammadi Library », New York, 1977, ainsi que d’après des données ésotériques. Mais chacun, évidemment, peut et doit trouver bien d’autres interprétations suivant l’inspiration.

    Après découpage et reconstruction de l’ensemble, le sujet fondamental de cet évangile apparaît être la transformation de l’être humain en homme parfait, le tout « premier Adam », par l’attouchement de l’amour divin. Ce travail a été élaboré en tenant compte du fait que :
    1 – les traducteurs actuels en général ne sont pas au courant de l’Enseignement universel gnostique et initiatique, fondement de ce texte délibérément crypté ;
    2 – que les copistes de l’antiquité ont sans aucun doute fait des erreurs de copie et d’interprétation, ce qui m’est arrivé en recopiant ce texte rempli de paradoxes parfaitement susceptibles d’entraîner des erreurs de ce genre.

    Il est malheureusement probable que les considérations qui vont suivre sembleront aussi décousues que celles de cet évangile, mais l’unité fondamentale doit finir par se manifester, comme elle se manifeste d’ailleurs très clairement après plusieurs lectures approfondies, et que de l’illogisme trompeur de la suite des idées se dégage une logique intérieure rigoureuse, proprement stupéfiante par rapport au désordre apparent.

    Il est aussi probable que le lecteur courageux trouvera que ces commentaires fourmillent de redites, mais tout le monde n’est pas doté de ce génie de la Gnose qui fait que Jan van Rijckenborgh, Catharose de Petri et... Philippe peuvent donner des aspects toujours différents d’un seul et unique sujet : la résurrection de l’homme terrestre en homme divin.
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    Le texte de l'
    Evangile de Philippe est ici