Tome III -L'APOCALYPSE et le ROYAUME de DIEU (Suite et fin du tome III)
Extrait de la semaine 261 ( 30 juin 2005)
CHAPITRE III
LUCIEN DE SAMOSATE ET LE CHRISTIANISME
L'aspect de son oeuvre.
Lucien, Asie Mineure grecque, dont la vie embrasse à peu près tout le II° siècle, comme celle d'Apulée, a écrit une série d'oeuvres courtes dans lesquelles se révèle un critique aigu des sectes philosophiques et religieuses de son temps.
Disciple d'Epicure pour son compte, « ce philosophe vraiment sacré, ce génie divin qui, seul, a réellement connu ce qui est vrai et l'a transmis à ses disciples dont il est devenu le libérateur » , Lucien a exercé sa verve pétillante contre toutes les superstitions, contre tous les magiciens, faux-prophètes et charlatans, tous les auteurs de miracles et diseurs d'oracles, qui pullulaient de son temps. On y chercherait en vain le nom d'Apulée, philosophe platonicien.
C'est dire qu'il n'a épargné ni le christianisme, ni les chrétiens du II° siècle. Certains auteurs, B. Aubé, notamment, ont prétendu qu'en ruinant toutes les croyances populaires et les doctrines savantes, Lucien avait travaillé pour le christianisme à son insu, déblayant le terrain pour les docteurs les plus difficiles de l'Eglise.
Ce n'est pas impossible. Mais l'Eglise l'a puissamment aidé en travestissant dans ses oeuvres toute la partie dogmatique et polémisante, et en en supprimant toute la moelle documentaire et historique, dès qu'il touche au christianisme. Chez Lucien, les chrétiens tombent on ne sait d'où. Ils ne sont d'aucun pays, d'aucune race. Syrien lui-même, il ne sait plus s'il a existé une Judée et s'il existe encore des Juifs. Le Christ, - jamais Jésus qui n'est pas inventé de son temps, mais dont est imminente la descente du ciel dans l'encrier des Gnostiques et autres scribes juifs millénaristes, - le Christ n'est plus, dans une phrase d'ailleurs violemment circoncise, où il n'est pas même nommé, et dont nous reparlerons, que « celui qui est honoré en Palestine, où il fut mis en croix pour avoir introduit ce nouveau culte parmi les hommes ».
Les allusions au christianisme, transposées dans le vocabulaire de la mythologie grecque, apparaissent le plus souvent, - disparaissent, devrait-on dire, - comme dans les vapeurs de nébuleuses qui en amortissent l'éclat, l'embuent comme un miroir sur lequel a soufflé une haleine.
A la condition d'être averti, il n'est pas impossible, toutefois, malgré les sophistications sans nombre et évidentes que I'Eglise a pratiquées dans les oeuvres de Lucien, de se faire une idée juste de ce que fut le christianisme au II° siècle. C'est celui-la même qu'a connu Apulée, que Lucien corrobore.
Je n'entreprendrai pas, dans cette étude, la recherche complète de tous les éléments propres à justifier mes conclusions. Il y faudrait un ouvrage spécial. Je me contenterai d'y relever l'essentiel et les traits les plus caractéristiques.
La Jérusalem d'or et le Christ magicien.
Voici, de Lucien, le Dialogue Hermotimus ou Les Sectes. C'est un de ceux, dit-on, qui sapent dans sa base tout l'édifice païen. II ne serait pas difficile d'y relever des allusions à la vie millénaire, à l'assomption du Christ, sous le vocable d'Hercule, etc. Il raille autant la mythologie judéo-chrétienne que la grecque.
L'allusion la plus typique concerne la Jérusalem d'or de l'Apocalypse. Elle est décrite, symbole de la Vertu, dans des termes qui en font la Cité idéale, humainement parlant, sauf que ses habitants, « peu s'en faut qu'ils ne soient les dieux ». Mais, - et c'est ici qu'on sort du plan humain, - pour arriver à cette ville et être inscrit au nombre de ses habitants (sur le livre de la Vie), il faut, comme le Christ le recommandera dans les Evangiles, « négliger tout le reste, compter pour rien la patrie présente qui veut nous retenir, demeurer insensible et ne point s'arrêter aux larmes et aux gémissements de ses emfants et de ses parents, si l'on en a. S'ils ne veulent pas suivre la même route, il faut les repousser, abandonner son manteau, s'ils s'y accrochent pour vous retenir, et continuer d'avancer ».
Et malgré ce beau tableau de la Cité bienheureuse, Hormotimus ne se décide pas pour clic. Il ne sait que verser des larmes devant l'impuissance où il se sent de choisir sa route. Le christianisme, dépeint dans sa Jérusalem nouvelle, ne parait pas l'avoir séduit, en sorte que son interlocuteur le console en lui conseillant « de vivre comme tout le monde, dans la vie commune, au lieu de poursuivre ses toiles espérances et ses fumées ambitieuses ».
D'où l'on peut conclure que ce n'est pas d'une Cité future de convention, symbole de la Vertu, mais bien de la Jérusalem d'or du Iôannès de l'Apocalypse, à laquelle Lucien faisait des allusions précises. On a complètement « brassé et retourné son texte.
La vigne aux douze récoltes.
Dans Histoire véritable, fantaisie monstre, dont le Pantagruel de Rabelais, le Voyage dans la lune de Cyrano, le Gulliver de Swift reproduisent peu ou prou la manière, Lucien semble pousser en charge énorme un certain nombre de fables, récits, apologues burlesques d'origine diverse, époques ou peuples, qu'il encadre dans une suite de récits de voyages fantastiques qui nous font assister, entre autres merveilles, à une parodie gigantesque de l'aventure dc Jonas dans la Baleine, ce qui laisse supposer qu'il n'a pas ignoré les Livres anciens des Juifs, et à la description d'une île où il entremêle des données empruntées à l'Eden de la Genèse, au Séjour des Bienheureux et à la Jérusalem d'or de l'Apocalypse. Dans la ville toute d'or, ceinte d'émeraude, avec sept portes, au pavé d'ivoire, où jamais il ne fait nuit, règne un printemps éternel. Les vignes, comme dans le royaume de Dieu commenté par Papias, y sont fécondes douze fois et s'y chargent chaque mois de leurs grappes. Mais, et ici Lucien ironise, les pommiers, les pêchers produisent treize fois, en offrant une double récolte à la déesse de la Sagesse, Pallas- Athéné. Enfoncés, le lôannès, Papias et le règne de mille ans ! Lucien assiste aussi à un banquet qui n'est ni celui des Noces de l'Agneau, ni les Agapes des frères et sours Nicolaïtes, mais où règnent les Ris et les Jeux Les convives élus y sont tout ce que l'antiquité a produit de savants et de sages. Ni Moïse, ni le Christ, ni Jésus n'y sont assis.
Le Christ qui chasse les démons.
Le Philopseudès ou le Menteur par plaisir est un dialogue où des philosophes racontent les prodiges dont ils furent les témoins ici, un Hyper- boréen ( !) marche sur les eaux, évoque des démons, ressuscite des morts. Là, surtout, « le Syrien de Palestine », que tout le monde connait, si expert en ces sortes de cures (la guérison des démoniaques, tels ceux de Gérasa-Gadara), qui rencontrant à l'époque de la lune des gens qui tombent en épilepsie, les relève et les renvoie, moyennant un important salaire, délivrés de leur infirmité. Lorsqu'il est auprès des malades, il leur demande comment le démon leur est entré dans le corps; le patient garde le silence, mais le démon répond (« Je me nomme Légion, répondent ceux de Gérasa-Gadara, car nous sommes plusieurs ») en grec ou en barbare, et dit qui il est, d'où il vient, comment il est entré dans le corps de cet homme. C'est le moment qu'il choisit pour lui ordonner de sortir (« sors de cet homme », ordonne Jésus) etc...
Et ceci nous prouve que la guérison du démoniaque de Gérasa-Gadara, que donnent avec des variantes assez peu conciliables, les trois Synoptisés, - fait d'histoire allégorisé en miracle, - était une de ces « paraboles étranges », comme dit Eusèbe, que Papias avait déjà notée dans ses Commentaires des Paroles du Seigneur.
Mais j'ai hâte d'arriver à Pérégrinus, et je passe sur le Somnium, Nigrinus, de deâ Syria, les Fugitifs, le Pécheur ou les Ressuscités, les Dialogues des Morts, où l'on peut avec un peu d'attention relever de continuelles allusions au christianisme du II° siècle. J'en signalerai quelques-unes, par rapprochement, en parlant de Pérégrinus, bien persuadé que l'Eglise a fait tout ce qu'elle a pu pour nous empêcher de les voir .
Sur la mort de Pérégrinus.
Sous ce titre, Lucien a composé un opuscule qui est une espèce de satire du christianisme à travers le héros de la pièce, Pérégrinus. Pérégrinus, même avec sa terminaison os grécisée au lieu de us, latine, - Lucien écrit en grec, - n'est pas un mot grec et il ne se rattache à aucune racine grecque. En latin, il évoque l'idée d'étranger, de voyageur, et l'homme à la vérité a beaucoup voyagé, pérégriné, autant que l'apôtre Saint Paul. Le nom véritable, - Pérégrinus était originaire de la ville de Parion, en Mysie, sur l'Hellespont, - a donc disparu.
Lucien a dédié son oeuvre à un de ses amis qu'on a masqué sous la désignation grecque de Kronios. Kronios, c'est en grec la forme adjective du substantif Kronos, le dieu père de Zeus, donc le dieu Saturne, père de Jupiter, pour les Latins. La forme adjective de Saturne est Saturnin, soit Saturninus.
Il ne pouvait plaire évidemment aux scribes d'Eglise, dans un ouvrage satirique sur le christianisme, d'y conserver le vrai nom du héros en cause. Quant au nom de Saturninus, c'est un nom qui a été porté par divers personnages romains de la même famille, et avec qui, depuis Auguste, dont Sextius Saturninus fut le proconsul en Syrie, en 746, les Juifs et les Juifs chrétiens ont eu plus d'une fois maille à partir.
Flavius-Josèphe nous a raconté précisément une histoire caractéristique sur la femme d'un Saturninus, la dame Fulvie, à qui quatre juifs, à Rome, dont l'un avait été chassé de son propre pays pour crimes, - je prouverai un jour qu'il faisait croisade pour l'Espérance d'Israël, - réussirent à extorquer de l'or pour l'envoyer à Jérusalem. Ces quatre juifs avaient réussi à convertir la matrone, assez pauvre d'esprit, « qui les tenait pour des gens honorables «, au règne de mille ans. Banale et éternelle affaire d'escroquerie sous le voile de promesses mirifiques sur la terre ou dans le ciel la vie aeonique (mille ans), que les scribes chrétiens traduisent par vie éternelle.
Au Il° siècle cette famille Saturninus a contribué à fournir de hauts fonctionnaires romains en Orient, dont l'un, consul et légat en Numidie sous Antonin, et l'autre, son fils, le Kronios de Lucien, consul en 161, et général contre les Parthes à la nième époque.
D'autres adultérations, suppressions, coupures que nous signalerons et ferons toucher du doigt, prouveront à quelles incursions intempérantes et brutales l'Eglise s'est livrée dans l'oeuvre de Lucien.
Pérégrinus avait été surnommé aussi Protée, en raison du talent extraordinaire qu'il avait de se camoufler, de changer de forme physiquement, et, on le verra, de doctrines.
Pérégrinus que l'Eglise « a laissé tomber », à moins qu'elle ne lui ait refait un état-civil sous l'aspect de quelque Saint Polycarpe, c'est-à-dire « aux fruits nombreux», comme la vigne millénariste, Pérégrinus-Protée, a été un énorme personnage du christianisme du II° siècle; il a joui d'un renom immense, d'une autorité incontestée dans les communautés d'Asie, en Grèce, à Rome, en Egypte. C'est sur son modèle, - voyages et collectes, et peut-être caractère charlatanesque, glorieux et vantard, - qu'on a façonné et romancé l'apôtre Paul, à partir de la fin du II° siècle. Bien d'autres auteurs que Lucien font mention de Pérégrinus .
Brebis perdue de la maison d'Israël.
A peine arrivé à l'âge d'homme, Pérégrinus fut surpris en adultère dans une ville d'Arménie. Roué de coups, il s'échappa en sautant d'un toit. Quelque temps après, il corrompit un jeune garçon et échappa à la justice en payant trois mille drachmes à la famille. Après quoi, il étrangla son bonhomme de père qu'il lui peinait de voir veillir, passé soixante ans. Beaux débuts dans l'existence.
Cette fois, il lui fallut prendre la fuite et commencer à errer de pays en pays. Il arriva bientôt en Judée, car « c'est vers cette époque qu'il se fit instruire, dit Lucien, dans l'admirable religion, « sagesse », dans le texte grec, - des chrétiens ».
C'est son exemple qui a inspiré aux scribes évangélistes la fameuse parole : « Il y a plus de joie au ciel pour un pécheur, - même parricide, après le reste, - qui se repent, que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui nont pas besoin de repentance ». Donc, «Pérégrinus se fait instruire dans l'admirable religion des chrétiens, en s'affiliant en Palestine avec quelques- uns de leurs prêtres et de leurs scribes ». Ici, énorme coup de ciseaux dans le texte qui, n'ayant encore rien dit, continue par cette exclamation qui ne s'emploie d'ordinaire qu'après un long développement qui vous a essoufflé: « Que vous dirai-je ? »
Il n'est peut-être pas impossible, ni invraisemblable, de restituer au texte, en gros, ce qu'on a coupé.
Pérégrinus, en Palestine, arrive au Jourdain, dans quelque Bathanée, à Bethabara, le lieu du bac, où des baptiseurs administrent le Baptême d'eau pour la repentance et la rémission des pêchés, à l'instar, cent ans environ auparavant, du Iôannès. Il étudie auprès d'eux la Thora, la promesse d'Iahweh aux Juifs d'avoir la terre en héritage, réalisée par la prophétie de l'Apocalypse. Si on l'a surnommé Protée, c'est qu'il a dû aussi s'instruire auprès des prêtres et des scribes dans l'art exibitionniste, où il excelle, de se métamorphoser à son gré, « de se pavaner, se disloquer, jeter des regards foudroyants, comme un possédé, de se servir de ses mains avec souplesse, de se camoufler avec des masques de plâtre », toutes choses que Tatien nous rapporte d'un émule de notre Protée.
Combien de temps dura son apprentissage chrétien ? On ne sait. Mais il fut profitable, car Pérégrinus ne tarda pas à surpasser ses maîtres et à égaler bientôt le Iôannès en ceci.
C'est du moins ce qu'on doit inférer et conclure de ce que l'Eglise a laissé dans le texte à cet endroit. « Ce passage est fort controversé », proclame, tant c'est l'évidence, l'honorable traducteur de Lucien, Eugene Talbot, qui fut professeur au Louis-le-Grand. Controversé ? Pourquoi ? Sinon parce qu'il contenait des vérités gênantes pour l'Eglise et que l'Eglise a remanié et circoncis le texte. La cicatrice de la blessure qu'a laissée la mutilation est toujours visible. On a fini par mettre au compte de Pérégrinus ce que Lucien déclarait du Christ.
Le Christ a écrit.
Le Christ a écrit. Il a écrit l'Apocalypse. Et c'est ce que l'Eglise, ayant classé, sur le tard, l'Apocalypse dans les oeuvres complètes d'un Iôannès, disciple et apôtre, ne veut plus que l'on sache.
A cet effet, aucune manoeuvre sacrilège sur les textes d'auteurs - bien d'autrui ne lui répugne. Vous allez voir, une fois de plus. Voici le passage « controversé » de Lucien :
...Que vous dirai-je ? En peu de temps, il leur fit bientôt voir, enfants qu'ils étaient, que lui, prophète, thiasarque (chef de choeur), chef de synagogue, il était tout cela à lui seul.
Interrompons la citation. Vous vous rendez bien compte que c'est de notre Pérégrinus qu'il s'agit bien, jusqu'ici. Le sujet Il, c'est Pérégrinus. Mais ensuite ? Vous allez lire. Mais oui, lisez. Et sans que, grammaticalement, littéralement, le sujet ait changé, parce que le faussaire ne veut pas qu'il soit dit que le Christ, Iôannès ou Jésus, ait écrit, toute la suite, contrairement à la lettre du texte, ne peut plus avoir pour sujet Pérégrinus, comme le faussaire voudrait le faire croire, mais ,le Christ lui-même, ainsi qu'il résulte à l'évidence du fait historique rappelé par Lucien dans ce passage et qui est la crucifixion du Christ.. D'après le texte actuel, ce serait Pérégrinus qui aurait été mis en croix en Palestine et aurait fondé le christianisme. Oui, on peut dire qu'aux scribes d'Eglise le faux, - tour de bonneteau, - ne fait pas peur.
Donc lisez bien, pesez, méditez cette suite :
-Il (le même, oui, grammaticalement, que Périgrinus) Il interprétait les (un mot manque: prophéties ?) de leurs livres, les rendait claires. Lui-même écrivait de nombreuses (toujours pas de substantif: prophéties ? car le mot était féminin; l'article tas: les, et l'adjectif numéral poIlas: nombreuses, étant féminins dans le texte grec), et c'est comme un dieu que ceux-là le regardaient; Ils s'en servaient comme d'un législateur, le désignaient comme leur directeur, grand homme, celui-là, qu'ils adorent encore en Palestine, mis en croix pour avoir introduit ce nouveau rite (mystère) dans la vie ».
-Vous avez bien lu. Vous avez compris. Est-ce Pérégrinus, ce grand homme adoré en Palestine et mis en croix? Concluez.
Les commentateurs et traducteurs, trompés par la lettre du texte, à partir de : « Il interprétait », appliquent à Pérégrinus, dont il vient d'être parlé, le développement qui suit. Mais ils ont bien compris que, s'il s'agit de Pérégrinus, il leur faudra, toujours d'après la traduction littérale, arriver à cette conclusion que le crucifié de Palestine, c'est Pérégrinus. Or cette conclusion est tellement inadmissible, qu'ils ne peuvent pas l'admettre, malgré la signification certaine de la phrase, si le sujet du début : il (interprétait) est Pérégrinus. Comment se tirent-ils du mauvais pas ? Ils ajoutent avant « ce grand homme, crucifié », l'adjectif égal. Ainsi, Pérégrinus n'est plus le crucifié, il n'est plus que « égal » au crucifié. C'est un vrai tour d'Escobar.
Toute la phrase, avec ses propositions successives, ne peut signifier autre chose que ceci: « le grand homme crucifié en Palestine, que les chrétiens adorent encore, c'est celui qu'ils considèrent comme un dieu, un législateur, une « tête », auteur de prophéties qu'il avait écrites, qu'il expliquait, qu'il rendait claires et conformément aux anciennes prophéties d'Israël, Pérégrinus se fait instruire dans les « mystères », nouveau culte introduit par le Christ qui, pour cette raison, fut crucifié en Palestine ».
Pour créer la confusion entre Pérégrinus et celui qui « iinterprétait », l'Eglise n'a eu qu'à enlever le sujet des verbes interprétait, écrivait, etc., qui désignait le Christ. L'addition de l'adjectif égal, pour donner une traduction à la lettre, est absolument arbitraire.
Et je concluerai en disant que ce passage « controversé », c'est-à-dire sophistiqué par l'Eglise, fait une allusion directe aux prophéties de l'Apocalypse. Et on en est d'autant plus certain qu'on a fait sauter, après l'article les et l'adjectif nombreuses, les substantifs que l'article et l'adjectif « déterminaient », comme on l'apprend à l'école primaire dans l'analyse grammaticale .
Ce qu'il faut retenir de ce morceau, tout frauduleusement modifié qu'il soit, c'est qu'il y est affirmé que le Christ, prophète, grand prêtre, législateur, pontife, adoré comme un dieu, a interprété les livres hébraïques, la Thora, les a expliqués par écrit comme aboutissant à la réalisation de l'Espérance d'Israël qu'il a annoncée dans l'Apocalypse, composée par lui. Voilà la vérité que les scribes d'Eglise n'ont pas voulu laisser dans le Pérégrinus de Lucien. Malgré tout, elle a été, elle est restée longtemps la vérité et elle le redeviendra. La fraude, dans Lucien, à quelque époque qu'elle ait été perpétrée, après le III° siècle, n'a pas convaincu tout le monde.
Au temps de Saint Augustin, il faut encore combattre contre elle et de quelle façon ! « Plusieurs, écrit en effet Saint Augustin (De Consensu Evangel., Liv. 1er, 14), sont assez insensés pour soutenir que, dans les prétendus livres écrits par le Christ, se trouvent contenues les sciences occultes à l'aide desquelles il a accompli les miracles dont la renommée était répandue partout. Eux-mêmes trahissent ainsi ce qu'ils aiment et ce qu'ils désirent, puisqu'ils pensent que la haute sagesse du Christ a consisté à reconnaître ces je ne sais quelles sciences illicites que non seulement la discipline chrétienne, mais la loi civile elle-même, - quel amour soudain pour la loi civile ! - condamne expressément. Que ceux-là qui, dans leur délire, prétendent que le Christ a pu emprunter aux arts magiques un si grand pouvoir, veuillent bien nous apprendre si c'est aussi par les arts magiques qu'il a pu, avant de naître, remplir du Saint-Esprit tant de prophètes qui ont annoncé à son sujet toutes ces choses que nous avons vues accomplies dans les Evangiles, - par l'encre des scribes, oui - ou qui s'accomplissent aujourd'hui dans le monde ».
Ce texte ouvre à la raison des perspectives parfaitement définies. Malgré les prétentions de l'Eglise à soutenir que le Crucifié de Ponce-Pilate n'a fait que de l'enseignement oral, qui s'est transmis par tradition orale, « plusieurs » - écrivains, évidemment, - soutenaient encore au IV° siècle, et ils ne l'avaient pas inventé, que «Jésus-Chri»t » avait écrit des livres. Ces livres, Lucien, dans son Pérégrinus, tout au moins, n'a jamais dit, ni sous-entendu que ce fussent des livres de sciences occultes. Le Chrit interprète les livres mosaïques, la Thora; il compose d'après eux l'Apocalypse. Rien d'occulte, ni de magique. Saint Augustin, avec une astuce digne d'une meilleure cause, tient à nous aiguiller, comme il l'a fait à propos d'Apulée, - ce Carthaginois allie à la foi chrétienne la mauvaise foi punique, - sur une fausse piste, un change : sciences occultes, magies, etc. Pourquoi ne nous donne-t-il pas un titre quelconque des ouvrages dont il parle ? On y aurait peut-être relevé celui de l'Apocalypse. S'il garde un silence prudent sur ce point, c'est que, de son temps, si les Evangiles sont faits, - et le Canon à peu près établi, à ce que dit l'Eglise, - si l'Apocalypse, par suite, se trouve dans le Nouveau Testament, il faut se garder d'attirer l'attention sur l'Apocalypse. La signification et la portée de cet ouvrage sont en train de se perdre. Toutes les allégations fausses qu'on a répandues sur le point de savoir qui en est l'auteur, ont eu pour résultat certain une telle confusion, que si on ne peut plus affirmer qui en est l'auteur, on a, du moins, détourné tout soupçon sur cette vérité que ce fut le Christ. Toute la tactique, dans l'oeuvre de mensonge, n'avait pas d'autre but .
Pérégrinus emprisonné.
Pérégrinus fut jeté en prison pour s'être fait chrétien. Traduisons qu'il dut participer à quelque rebellion et troubler l'ordre public, comme Saint Polycarpe à Smyrne, et, antérieurement, Ignace à Antioche. Cette « persécution » lui procura pour le reste de sa vie, - même devenu apostat, si son apostasie n'est pas, dans Lucien, une fraude, - une grande autorité. Dans sa prison, fort douce, comme pour Paul à Rome, les Chrétiens lui rendent toutes sortes d'offices avec un empressement infatigable. Il reçut de toute l'Asie des députations. C'était vraiment un très grand personnage. On le combla même de tant de richesses en argent qu'il se fit un gros revenu. Ici, tout à coup, en coq à l'âne, on lit ceci sur les chrétiens : « Ces malheureus s'imaginent qu'ils sont immortels et qu'ils vivront éternellement. En conséquence, ils méprisent les supplices et se livrent volontairement à la mort. Leur premier législateur leur a encore persuadé qu'ils sont tous frères... Ils adorent le «sophiste » crucifié dont ils suivent les lois. Ils méprisent également tous les biens (comme il est prouvé ci-dessus). En sorte que s'il vient à se présenter parmi eux un imposteur, il n'a pas de peine à s'enrichir ».
Pérégrinus est relâché bientôt, sans avoir même été fouetté, le gouverneur, comme Ponce-Pilate de Jésus, ne trouvant nulle « cause » en lui.
L'Apostasie de Pérégrinus.
Après quelques aventures, Pérégrinus reprend ses courses vagabondes, accompagné d'une troupe de chrétiens, qui l'abandonnèrent un jour, sous prétexte qu'il avait mangé des viandes prohibées. Ces chrétiens n'ont pas lu les Actes des Apôtres, ne connaissent pas les Lettres ni l'enseignement de Saint Paul, - preuve que rien n'en existe, - puisque ces questions n'intéressent plus la foi. Pourquoi les chrétIens font-ils la petite bouche . D'après Lucien, Pérégrinus abandonne le christianisme et se fait cynique. Il va à Rome, revient en Grèce, et son cynisme ressemble fort au christianisme turbulent, invectiveur, intempérant de langage, de Pierre, de Jude, de Paul. A part Lucien, aucun auteur ecclésiastique ne parle de son apostasie : Tatien, Athénagore, Tertullien, Eusèbe. Et il est vraisemblable que Lucien a été, en ceci, interpolé, pour qu'on ne puisse pas confondre Pérégrinus avec Polycarpe. Car si, au II° siècle, il est un homme qui, au point de vue de l'autorité, apparaît, d'après l'Eglise, égal à lui, c'est bien Polycarpe, qui avait le titre de chef et maître de l'Eglise d'Asie et de père des chrétiens . Et le soupçon se fortifie, quand on lit dons Eusèbe qu'un nommé Martien, - ne lisez pas Lucien, surtout, - a porté à l'Eglise de Philadelphie, de la part de l'Eglise de Smyrne, le récit du martyre de Polycarpe brûlé avec douze autres frères.
Le bûcher de Pérégrinus.
Quoi qu'il en soit, Pérégrinus périt, lui aussi, dans les flammes. Volontairement. Etant à Elée, près d'Olympie, après avoir essayé de fomenter une révolte des Grecs contre Rome, il fit dresser et allumer un bûcher et se précipita dans le feu. Aucun auteur, sauf Lucien, ne parle de la fin de Pérégrinus. Dans la scène finale, on voit apparaître, assez curieusement, avec les sommités de la secte « cynique », un illustre citoyen de cette ville de Patras, qui réveille immédiatement des souvenirs comparatifs avec le Lucius de Patras de l'Ane d'or. Quand Pérégrinus, s'évapore, après une invocation aux Mânes de sa mère et de son père (qu'il avait étranglé), un tremblement de terre se produit, qui servira une deuxième fois à la mort. du Christ.
Le Bûcher, le Lion et l'Âne.
La « Mort de Pérégrinus » est suivie dans les oeuvres de Lucien, d'un Dialogue, « Les Fugitifs », plein d'allusions à l'homme, et aux doctrines du christianisme au II° siècle. On y fait témoigner Zeus et Apollon de la réalité de la mort, en plein jeux olympiques, de Pérégrinus, « un vieillard passé maître en fait de tours semblables ». Puis tout à coup la Philosophie, en quiproquo, vient se plaindre d'une sorte de gens, « entre le vulgaire et les philosophes », gymnosophistes, imposteurs, qui ressemblent à s'y méprendre à ces « chrétiens », sincères ou fourbes adroits qui savent s'enrichir en spéculant sur la bêtise et la crédulité humaine. Et voici que, sur la fin du dialogue, d'allure assez informe d'ailleurs dans l'ensemble, et de composition incohérente, où les personnages, encore, apparaissent ou disparaissent sans raison, - il est fait de bric et de broc, - une dernière scène se joue, amenant des personnages nouveaux dont l'arrivée est sans rapport avec ce qui précède, mais dont les traits allégoriques sont pertinents. On y voit figurer trois esclaves. - ce sont les « fugitifs », - un Kantharos (barque, poisson), de son métier tondeur (de brebis), un chrétien, pécheur d'hommes et collecteur de sesterces, - une femme qui a été séduite et enlevée par Kantharos, c'est-à-dire convertie, qui va accoucher d'un vieux livre, celui que Kantharos lui a fait avaler, celui que le lôannès mange dans l'Apocalypse, - et un Myropnos, que l'on traduit par «sentant (pnoî : souffle, haleine) l'huile (myron) ou les parfums », mais qui peut tout aussi bien signifier respirant le mille (myria : dix mille), par un de ces calembours ou jeux de mots dont les commentateurs ont eu l'intuition, et dont le texte est farci. Et la fin prouve bien que Lucien a parfaitement dû faire par ce moyen une allusion au règne de mille ans.
Voici la conclusion du dialogue : Mercure renvoie la vieille femme à laver le linge sale, au lieu de rabâcher sur le renouvellement du monde, le millénariste à racommoder les vieux habits (au lieu de prophétiser sur les robes de lin blanc des élus de l'Apocalypse). Quant à Kantharos, grand premier rôle du trio, Mercure le fait livrer aux épileurs, pour qu'il soit à son tour tondu, « mais d'abord, lui ordonne-t-il, et l'idée est admirable, dépouille-toi de cette peau de lion, afin que tout le monde te reconnaisse pour un âne «.
Le coup est direct et l'allusion d'autant plus certaine, que nulle part avant, tant le dialogue a été tripatouillé, il n'a été dit de Kantharos qu'il portait une peau de lion. C'est donc la peau symbolique du Lion de Juda, qui cache Kantharos, un âne, l'Âne de Juda, un chrétien du temps.
Libanius, au IV° siècle, parlant des Ecritures (Oratio X), depuis la Genèse-Bereschit jusqu'aux Paroles du Seigneur ou Apocalypse, dit ceci: « Esope en aurait fait une fable. Non pas l'Ane caché dans la peau du Lion, mais le Lion (Juda est un Lion, a dit Jacob) caché dans la peau de l'Âne. » Pourquoi pas tes deux?
CHAPITRE IV
PHILOPATRIS OU L'HOMME QUI S'INSTRUIT
Un titre suggestif.
Les éditeurs, qu'ils en soient loués ! - ajoutent aux oeuvres de Lucien un Dialogue qui n'est pas de lui, et, ils l'avouent, dont l'auteur est inconnu, mais qui est bien, après tout, dans la manière habituelle de Lucien, forme et fond, et qu'il vaut mieux éditer quelque part, plutôt que de ne pas l'éditer du tout.
La raison majeure qu'il n'est pas de Lucien, c'est qu'il y est fait allusion, sur la fin, à des événements, guerre contre les Perses, - que Lucien n'a pas pu connaître .
Le titre grec Philopatris signifie : qui aime son pays, patriote et il s'explique très bien par le fait que deux, sur les trois interlocuteurs, apparaissent, à propos de la guerre contre les Perses, - on a mis Parthes, çà et là, - comme de loyaux et ardents sujets romains qui se réjouissent des victoires de l'empereur, toujours vivant, et flétrissent ceux, - nous verrons lesquels, - qui ne rêvent et ne souhaitent que malheurs à la patrie.
Mais pourquoi ce sous-titre : Ou l'homme qui s'instruit, qui n'a, semble-t-il, que des rapports très lointains, sinon inexistants, avec l'idée si nette de patrie. C'est ici qu'il faut goûter la saveur de l'intention de l'auteur. L'homme qui s'instruit ? Mais de quoi s'instruit-il ? Qu'est-ce qu'il apprend ? Je vais vous le dire, et vous déciderez tout à l'heure si je vous trompe.
Il s'instruit sur les vaticinations odieuses de l'Apocalypse, annonçant les pires catastrophes pour la destruction du monde. Il apprend ce que le Christ « enseignait ». Vous vous rappelez, dans les Evangiles, l'accusation des Juifs du Temple, contre le Christ : « Il enseigne le peuple ». Et vous vous rappelez aussi que le texte, coupé court, ne dit plus ce qu'il enseigne. Mais ailleurs, dans ces mêmes Evangiles, les Juifs hérodiens ne nous, ont-ils pas déclaré que cet enseignement, qui séduit le peuple, au point que « tous le suivent «, doit avoir pour résultante et pour effet nécessaires de le soulever contre Rome, puisqu'il sera cause que les Romains viendront, - le scribe écrit aux temps où la prévision s'est réalisée, - détruire le temple et notre nation.
L'homme qui s'instruit apprend, comme le Dialogue nous en informe avec une précision éclatante, que, de son temps, et nous sommes soit au début du troisième, soit en plein quatrième siècle, les chrétiens en sont encore à leur rêve d'Apocalypse, à leurs visions qui ne se complaisent que dans ce qui est malheur, en proie à leur incoercible haine. Ils attendent, espèrent, souhaitent toujours le grand jour de la colère d'Iahweh, le règne de mille ans. Et l'auteur oubliant un court moment l'homme qui s'instruit, car vous pensez bien que Lucien se joue pour ironiser en montrant le christianisme tel qu'il est, mais qu'il sait à quoi s'en tenir, montre qu'il n'ignore pas du tout que l'Apocalypse devait s'accomplir en 788, à quoi Ponce-Pilate a fait faire faillite, et que la date de l'avènement du royaume: est passée sans qu'il paraisse, puisqu'il dit aux chrétiens quil fouaille: « Vous ne me paraissez pas bien forts en mathématiques. ! ». Argument incompréhensible s'il ne vise pas le douzième millénaire, prévu, dans le Cycle des Destinées du monde, comme celui de la victoire de Christ et des Juifs sur les nations.
Je ne vous surprendrai pas si je vous affirme et vous prouve que l'Eglise a tout particulièrement soigné son travail de sophistication du Philopatris : coupures, substitutions et interversions de textes, mystères chrétiens transposés sur le plan de la littérature et de la mythologie grecques, prodiges terre à terre remplaçant les prodiges apocalyptiques, coq-à-l'âne coupant l'enchaînement du Dialogue et la suite des idées, etc. La fraude y est surabondante. Mais venons-en à l'analyse de ce Dialogue.
Un homme étonné mais qui se dégonfle ».-
La scène est à Alexandrie d'Egypte. Critias, dont le nom évoque, et il ne nous trompera pas, les idées de sens critique, de raison droite, de jugement sain, va dans la rue avec une figure si étrange, que le nommé Triéphon (triple lumière) le rencontrant, l'interpelle : « Te voilà tout changé ! Que se passe-t-il ? As-tu vu le chien à trois têtes ? As-tu appris qu'un nouveau déluge doit inonder la terre comme du temps de Deucalion (ne nommons pas Noé, n'est-ce pas) ?
Critias répond qu'il vient d'entendre un discours long, inextricable, semé de labyrinthes, plein d'inepties, et qu'il a peur que la fureur ne le change en pierre. Si Triéphon ne l'avait appelé, un vertige allait le faire tomber dans un abîme.(l'étang de soufre, promis au diable). « Chassez-moi hors du corps ces sottises indigestes ! » lui conseille Triéphon. Et pendant que Triéphon s'éloigne, pour que le vent ne l'enlève point, Critias, dont « ces détestables sophistes », par leurs discours, ont terriblement gonflé le ventre, se soulage et « déchaine Borée sur la Propontide ».
Fi ! fi t fi t fi! quelles fadaises ! Ah ! ah ! ah ! ah ! les affreux desseins ! Hé ! hé ! hé ! hé ! les ridicules espérances sécrie-t-il, en barytonnant, comme dit notre ineffable Rabelais. Et pour expliquer pourquoi il a écouté « jusqu'au bout des ongles» toutes les billevesées qui lui ont gonflé les entrailles mais sans dire encore les fadaises, les affreux desseins, les ridicules espérances, il soulève un coin du rideau.
-N'a-t-on pas vu une cuisse devenir ventre? une tête accoucher, le sexe masculin se transformer en sexe féminin, des femmes se transformer en oiseaux (comme Pamphile, la mattresse de Fotis dans I'Ane d'or) ?
Les deux interlocuteurs vont s'asseoir sous les platanes, pour mieux causer à leur aise.
Où un Galiléen entre en scène.
Après un intermède qui n'a aucun rapport avec le sujet dont Critias et Triéphon s'entretiennent, où il semble tout de même qu'il soit fait, en passant, une allusion à Marie, mère du Christ, concevant et enfantant, et restée vierge; où, par serment, Critias atteste le dieu inconnu qu'on adore à Athènes (les Actes des Apôtres ont paru, ainsi que les Lettres de Paul), où Triéphon jure, on ne comprend pas pourquoi, « par le grand dieu, par le Fils, par l'Esprit qui procèdent du Père, un en trois, trois en un »; entre divers propos dont on ne saisit pas l'opportunité, marques manifestes des intrusions des scribes dans le texte, voici que tout à coup, en coq-à-l'âne, Triéphon, découvrant son visage de chrétien, se met à expliquer le système de l'univers.
« Dernièrement, dit-il, il m'est arrivé la même chose qu'à toi. (Incompréhensible, d'après l'allure du dialogue). J'ai rencontré un Galiléen chauve, au nez aquilin, qui est monté jusqu'au troisième ciel, où il avait appris des choses étonnantes. Il nous a renouvelés par l'eau. Il nous a fait marcher sur les traces des bienheureux et nous a rachetés du séjour des impies ».
On dit que c'était Paul, opinent les traducteurs. Non. Ce Galiléen ravi jusqu'au troisième ciel, « en esprit », qui nous a renouvelés par l'eau et rachetés du séjour des impies, ce n'est pas Saint Paul, même s'il avait existé. C'est le Iôannès. Ce n'est pas niable. Le scribe nous fait rire quand, pour nous donner le change, car c'est ici l'Eglise qui tient la plume, Il fait dire à Triéphon qu'il a « rencontré » ce Galiléen. S'il l'a rencontré, c'est « pneumatiquement. » et dans I'Apocalypse.
Où la Genèse et l'Apocalypse interviennent.
Et alors, Triéphon, après un exorde renvoyant à la comédie Les Oiseaux d'Aristophane, pour cacher, - doigt de l'Eglise, - qu'il emprunte à la Genèse sa théorie, reproduit en bref le mythe hébraïque de la création du monde par le Verbe. Le malheur, qui est double, c'est que : 1° Triéphon avoue qu'il parle d'après les écrits de Moïse, et 2° qu'il désigne Moïse sous le surnom le Bègue qu'il se donne (Kabar leschon) dans l'Exode (IV, 10), surnom que ne connaissent pas les Egyptiens, qui l'appelent Ozar-Ziph, le mage aux poissons (Ziph zib : zèb : zeph, dans Iô-zeph, lao- zeph, le poisson d'Iahweh).
Triéphon parle comme un scribe chrétien, quand il se fait le Verbe de l'Eglise. Le créateur de l'Univers, qui n'est dans le texte « qu'une lumière à qui un seul mot suffit pour créer », tient lui-même du haut des cieux les actions des hommes dans un livre et, à un jour fixé, jugera chacun selon ses oeuvres ». Saluez très bas ! C'est l'Apocalypse (XX, 32) que Triéphon, triple lumière, connaît comme pas un, et l'auteur du Dialogue aussi.
Quelques plaisanteries sur les Parques, pour nous distraire en transposant les idées du christianisme à la mythologie grecque et permettre à Triéphon « d'évangéliser » Critias, « docile catéchumène, s'il veut vivre dans l'éternité » et Critias, - « de ces pierres mêmes, Dieu peut susciter des enfants à Abraham », dit Jésus, - subit une métamorphose contraire à celle de Niobé de pierre, il est changé en homme. Il semble qu'il se fasse chrétien, ce qui ne se comprend pas.
Les interversions de textes.
Au point où nous en sommes, on ne sait toujours pas ce qu'a entendu Critias, ce qui a produit sur lui l'effet que vous savez. Mais à cet endroit du dialogue, on sent que Critias a du faire des menaces à Triéphon, puisque Triéphon l'adjure, et que Critias atteste, par le Dieu créateur du monde et par le fils qui procède du père, comme s'il était lui-même chrétien, qu'il ne lui fera aucun mal.
Or, par la suite, on verra que ce qu'a entendu Critias, il l'a entendu dans une ekklisia, où nous allons le voir assister à une cérémonie qui l'instruit. A la sortie de cette cérémonie, qui permet à Critias de traiter les chrétiens comme coupables du crime de lèse-patrie, Triéphon a dû trembler pour lui-même, et c'est alors que se comprendrait qu'il implorât Critias de ne pas lui nuire et faire du mal. Ici, on ne le comprend pas. On a donc interverti le texte et fait passer devant toute une partie qui, très logiquement, se trouvait après.
De même, tout ce qui a mis Critias en fureur, et dont il s'entretient avec Triéphon, il ne l'entendra que tout à l'heure, en assistant à la cérémonie de l'ekklisia. Comment peut-il en parler avec Triéphon avant d'avoir assisté à la cérémonie ? Tout est sens dessus dessous dans ce Dialogue, comme dans une chambre cambriolée.
Triéphon se moque même un peu de Critias, en lui déclarant « qu'il voudrait devenir rossignol pour célébrer par ses chants, dans les campagnes fleuries, l'extrême surprise, dont. il ne connait pas la cause » d'après la chaîne du Dialogue, qui a frappé Critias. Il prie donc Critias de le renseigner, « après avoir reçu de l'Esprit le don de la parole ». Encore une allusion à la descente du Saint-Esprit sur les disciples, dans les Actes.
L'attente du Libérateur.
Mais Critias n'ouvre encore la bouche que pour raconter une scène qui, à part la phrase nécessaire pour la situer dans la rue, trouverait plus vraisemblablement sa place plus loin dans les cérémonies à l'ekklisia. On l'a donc déplacée, et l'on s'en convainc, puisque Critias se tait youjours sur ce qu'il a entendu, et qu'il ne peut avoir entendu qu'à l'ekklisia, d'où il est sorti furieux, dans l'état où Triéphon le rencontre au début du dialogue, état tel qu'on s'étonne qu'il n'ait, à ce moment, soulagé que ses entrailles. Un homme qui en a aussi gros que lui sur le coeur, qui a été troublé si fort qu'il a cru en tomber dans l'abîme, ne perd pas son temps, pendant une heure, à des propos académiques, comme il appert. Je n'insiste pas.
Donc, Critias va dans la rue, et il aperçoit une multitude de gens qui se parlent bas, de bouche à oreille. Comme si c'était. là une scène de rue ! Ne dirait-on pas un conciliabule secret de synagogue ? Passons. Critias aperçoit un ami : Craton (force). C'est le vérificateur des poids et mesures, en tournée, sans doute. Il l'abordait, quand un petit vieillard, puant et poitrinaire, se met à prophétiser : « Oui, il abolira les arrérages dus aux vérificateurs, remboursera les créanciers et paiera les dettes privées et publiques ! ». Il brave l'agent du fisc, le péager. Un autre personnage, Chleuocharme, déclare qu'il tient d'un montagnard le nom de ce Libérateur gravé en lettres hiéroglyphiques sur le Théâtre. « Il couvrira d'or la grande rue ».
Critias se rit de ces propos. Et Craton, qui parait initié, propose à Critias de l'initier à son tour à ces mystères importants qui ne sont pas des songes, dit-il. « Tout s'accomplira au mois de Mesori », naturellement, le mois d'août égyptien, symbolisé par les Anes, signe de victoire.
Dans l'Ekklisia.
Et voici enfin que nous franchissons avec Critias les portes de fer et les parvis d'airain et montons par un escalier tournant dans une pièce à voûte dorée, où va se passer la scène et se prononceront les paroles qui ont motivé sa fureur, son dégoût et son indignation, au début du Dialogue. Critias aperçoit d'abord des hommes dont le visage pâle est incliné vers la terre. On s'enquiert prudemment de sa personne. Et quand il s'est présenté, on lui demande ce qui se passe dans la ville et sur la terre. « On s'y réjouit », répond Critias; et, faisant allusion à la victoire des Romains sur les Parihes, qu'il espère, il ajoute : « Et bientôt, l'on s'y réjouira plus encore ». « Non pas, disent-ils, car la ville est pleine de malheurs ! » Critias feint d'abonder dans leur sens. L'Apocalypse lui monte aux lèvres: « Quoi ! le soleil sera-t-il éclipsé et la lune en opposition avec lui ? Vénus se mettra-t-elle en conjonction avec Mercure, et produiront-ils de ces hermaphrodites que vous aimez tant ? »
Quel coup de massue ! Toute la doctrine judéo-chrétienne de l'un-en-deux, du deux-en-un, que vous connaissez, évoquée dans un éclair foudroyant, au milieu de balivernes sans portées, substituées à quelques questions indicrètes sur les pâques chrétiennes du temps. Mais continuons. Et attention ! C'est l'Apocalypse qui va être brandie comme un étendard. « Alors, comme des gens sûrs de leur fait... ils déclarent que le monde entier va changer de face, que la ville va être en proie aux troubles et aux discussions, et nos armées vaincues par les ennemis ».
Certes, ils devaient en dire bien davantage. Les ciseaux de l'Eglise ont travaillé dur, et la suite a été complaisamment édulcorée, triturée. Tout n'y répond plus à la logique des faits, des circonstances, ni des personnages. Qu'importe ! Nous en savons assez et la suite, telle qu'elle est, complétera notre instruction.
« Cessez, misérables, dit Critias, vos malédictions qui retomberont sur vos têtes, à vous qui ne voulez qu'affaiblir votre patrie. Ce n'est pas dans vos promenades aériennes (au troisième ciel) que vous avez pu apprendre ces belles nouvelles. Vous ne paraissez pas bien forts en mathématiques. Ce sont les prédictions (de l'Apocalypse) et les impostures (des chrétiens) qui vous ont induits en erreur ».
Et il continue, mais sans les précisions qu'on attendrait, que l'Eglise a remplacées par des généralités banales, pour faire croire que ce n'est pas d'après la foi apocalyptique, mais d'après des rêves, nés à la suite de jeûnes prolongés au chant des hymnes, que ces chrétiens vaticinent .
« Dupes de vos songes, - plus des Paroles du Seigneur, évidemment, - vous débitez vos extravagances, haïssant ce qui est beau (tout ce qui n'est pas juif), ne vous plaisant qu'au mal (tel ce Cleuocharme, Sarcasme à la joie insolente : kleue, sarcasme; karma, joie maligne), sans aucun profit pour votre haine. Renoncez à vos desseins pervers, à vos prophéties, à vos imprécations contre votre patrie ».
Changement à vue. Triéphon, qu'on croyait chrétien, sent, lui aussi, en apprenant « toutes ces fadaises » des gens de l'Ekklisia, - auxquelles il paraissait initié, - sent son ventre se gonfler. « On dirait une femme enceinte «, est-il dit de lui.
« Ne me parle plus de ces gens là ! » dit-il. Apostasie-t-il ? Comprenne qui pourra. Mais voici une contradiction : « Commençons notre prière par le Père », ajoute-t-il. S'agil-il du Pater Noster ? Le commentateurs le supposent. Et alors, l'attitude de Triéphon n'a plus rien de logique. S'agit-il de la prière du stoïcien Cléanthe, conservée dans l'Anthologie de Stobée ? « C'est toi qui es notre père, ô Zeus », dont le Pater Noster n'est qu'un plat et sec plagiat ? Je n'en discuterai pas.
Au cours du Dialogue, je l'ai déjà dit, il est certain qu'il y a çà et là dans les rôles des personnages des attitudes qui changent. Critias, qui raille l'Apocalypse, apparalt. tout à coup et pour une réplique, judéo-christolâtre, tandis que Triéphon qui d'ordinaire se montre chrétien, soudain et contradictoirement, vitupère contre les chrétiens. Effets des sophistications des scribes, sans conteste, laissant dans le texte leurs empreintes digitales.
Mais survient un ami, Cléolaüs (Gloire du peuple) qui apporte la nouvelle de la défaite des Persans, et de la victoire des Romains.
Critias, avec moins d'enthousiasme qu'on attendrait, se réjouit que le monde n'ait pas changé de face. II ne le dit pas en ces termes ni aussi nettement, mais on le comprend, tout de même. « J'étais inquiet, dit-il, de savoir ce que je laisserais en héritage à mes enfants ». Il conclut : « C'est assez pour nous que l'empereur vive ! Avec lui, les richesses ne nous manqueront pas, et. aucune nation ne pourra nous inspirer de terreur ».
Et Triéphon ? Ce Triéphon, qu'on avait, d'après le rôle habituel qu'il joue dans le Dialogue, l'attitude qu'il prend, les paroles qu'il prononce, cru un disciple fidèle du Galiléen baptiseur, se montre plus enragé que Critias contre les adversaires de Rome; du moins, il semble. « Et moi, Critias, s'écrie- t-il, je lègue à mes fils le plaisir de voir Babylone détruite, - je pense qu'il n'a pas l'arrière pensée de viser Rome, - l'Egypte asservie (par qui ? Elle est province romaine soumise), les Perses réduits en esclavage, etc. » Plus de Parthes, Ici. Des Perses.
Et il invite Critias à se prosterner devant « le dieu inconnu qu'on adore à Athènes », et à lui rendre des actions de grâces, ce pour nous avoir trouvés dignes d'être les sujets du grand César. Quant aux autres, achève-t-il, laissons les à leurs folies. Hippoclide ne s'en soucie guère ! ». Façon polie de dire: Je m'en moque. Triéphon renverse l'Apocalypse, en laquelle il avait foi.
A moins, et c'est possible, qu'il ne joue un rôle parodique ce que tout ce qu'il dit, en se donnant une apparence d'initié, n'ait un caractère d'ironie et de charge.
Conclusion.
Tel quel, Philopatris ou l'Homme qui s'instruit prouve qu'à l'époque où il a paru, III° ou IV° siècle, - IV° siècle, à mon avis, - le christianisme se repaît encore et toujours des espérances de l'Apocalypse sur le règne de mille ans, indéfiniment reporté, mais qu'il attend toujours, et qui doit advenir incessament, au mois de Meson, sous le signe de I'Ane. Il prouve qu'au nom de cette espérance, les chrétiens travaillaient contre Rome, formaient des voeux pour la destruction de la civilisation et de l'humanité, et qu'ils méritaient l'accusation de lèse-patrie qui n'a jamais cessé de peser sur eux, jusqu'à l'invasion des Barbares, à qui ils ont donné la main, ouvert les portes et montré les routes, afin de réussir dans leurs abominables entreprises.
Et ils y ont réussi. Le Christianisme, bien que s'étant séparé du Judaïsme de la Synagogue, - il n'y a plus de Temple, - dont il est devenu « le frère ennemi », et plus juif et plus malin que lui en ceci, a réalisé, en quelque sorte, à sa manière, et pour son propre compte, l'Espérance d'Israël, il a accompli les Ecritures, et conformément à l'Apocalypse. Comment cela? Mais par la destruclion de l'antique civilisation, - pour un temps du moins, car on l'a, dans une certaine mesure, ressuscitée, - et par la domination du monde qu'il a vaincu, qu'il a judéo-christianisé, grace à l'appui des Barbares et de leurs chefs devenus rois des peuples, et dans ses parties que Renan a appelées « les plus nobles», les G0ÏM. - un ironiste dirait : les Go-goïm.
EPILOGUE
HELLÉNISME, JUDAISME, CHRISTIANISME
Ma tache d'historien et de critique est finie. C'est au lecteur maintenant qu'il appartient de juger si ce livre résout et prouve quelque chose. J
amais le public ne s'est, autant que de nos jours, intéressé aux enquêtes, du moins je l'imagine, en constatant que les grands organes de la presse, qui connaissent ses goûts et ses préférences, lui en servent d'assez nombreuses pour sa pâture, chaque jour.
Ce livre n'est-il aussi qu'une enquête, et sur pièces, produites en pleine lumière, d'un volumineux dossier, comme le sont mes deux précédents ouvrages sur les origines historiques du Christianisme L'ENIGME DE JESUS-CHRIST et JEAN-BAPTISTE ET JEAN, tryptique où chacun contribue, ou s'y efforce, à l'harmonie de l'ensemble.
* **
Lorsqu'il s'agit de christianisme, je sais bien que les enquêtes, à des gens sans nombre et pour le moins timorés, font peur. C'est un sujet sur lequel ils évitent toute discussion. Leurs convictions « chrétiennes », qu'ils disent solides, ils tremblent que, d'un seul coup d'aile de la raison, et des preuves matérielles à l'appui, on ne les abatte ou les effondre. Leur sincérité et leur bonne foi ont pour assises les préjugés, le confermisme mondain qui ne va pas sans une sereine hypocrisie, les traditions de famille, -. quelque vieille tante à héritage dont ils ne tiennent pas à s'aliéner le testament, - la vanité des pompes à l'église dans les heures solennelles de la vie, mariages, obsèques. En résumé, tout un ensemble respectable de convenances, d'habitudes, de mobiles et intérêts, et cerveaux adaptés dès l'enfance aux idées toutes faites, tout un faisceau de complicités solidaires et de capitulations de la conscience conspirent contre la libre recherche de la vérité historique, en cette matière, suivant la sage et clairvoyante méthode de la science et de la raison.
Et c'est tant pis, non pour eux, mais pour moi, si, malgré tant d'hostilités conjurées contre le succès de mes livres, le Christianisme est et reste, très «humainement», pour la science et la raison, qui ne sauraient s'incliner devant l'article de foi, ni se compromettre avec les exigences des faiblesses et supers- 1tions séculaires, un produit historique qu'il me plait d'étudier comme tel, sans faveur, comme sans colère, pour le seul amour de la vérité, - et pour quelque but plus noble que je dirai, comme justification de mon oeuvre.
***
Par l'Apocalypse chrétienne, mise au rang des Ecritures Inspirées dans le Nouveau Testament ecclésiastique, nous saisissons le Christianisme, je crois l'avoir démontré, dans sa source même. Il est, historiquement, par sa marque d'origine, un produit judaïque, et même super-judaïque.
***
Le dieu de l'Apocalypse, puisque l'Apocalypse est l'aboutissement, la réalisation, l'accomplissement de la Loi juive ou Thora, c'est le dieu d'Israël : Iahweh-Jéhovah, Iahweh-AElohim, Adonaï, distinct des dieux qu' Israël reconnaissait comme dieux des autres peuples et qu'il devait vaincre et supprimer par la destruction des nations elles-mêmes autres que la Juive. Si les Juifs ont apporté au monde « la notion de l'unité divine», comme l'affirment la plupart des exégètes, voire laïques, c'est qu'ils interprètent à faux, par on ne sait quelle aberration mentale, les faits, le sens des faits historiques.
L'Eglise, issue du judaïsme, ne peut donc prétendre, - et d'ailleurs d'autorité, s'en étant attribué le mandat à l'aide de titres qu'elle a fabriqués à son intention, sans valeur proprement historique, - représenter sur la terre que le dieu juif Jéhowah. Le concile de Tolède (an 400) combattit l'erreur de ceux qui faisaient de Jéhowah un dieu différent de celui des chrétiens.
C'est par un change, par une de ces confusions profitables qui jalonnent les étapes de son évolution, aussi audacieuse dans ses manoeuvres, que féconde dans ses variations et sa diversité, que l'Eglise a assimilé son dieu spécifique au Dieu universel, o Theos, dont Celse, au IV° siècle, disait avec raison que les Juifs ne l'ont pas connu, « le Grand Dieu », le Dieu unique, celui des Philosophes, qui l'ont seuls révélé aux hommes.
Mais ce n'est pas que le dieu du Christianisme qui est d'origine juive. C'est aussi le Fils de ce dieu, le Christ-Jésus, « né de la Femme», une femme juive, en Judée, et d'un père juif, que ce soit le juif Joseph des Evangiles ou « le Tout-Puissant Juif couvrant Marie de son ombre » pour lui faire « porter dans le ventre», comme disent les Evangiles.
Et c'est, en un mot, tout le christianisme qui est Juif, par son dogme fondamental, celui sur lequel il repose, que tout le monde connaît, les chrétiens comme tout le monde, et que voici, extrait des Ecritures juives et chrétiennes, judéo-chrétiennes
- Le premier homme, Adam-Isch, créé par Iahweh-AElohim, et la première femme, Eve-Ischa, cédant à la tentation du Diable-Satan, sous la forme d'un Serpent, ont désobéi au dieu, dans le jardin d'Eden ou Paradis terrestre, en mangeant, malgré sa défense, du fruit de l'Arbre (de la Science ou de la Vie), qui pouvait les rendre immortels. Pour les punir de ce « péché» par désobéissance, Iahweh-AElohim maudit Adam et Eve et toute leur postérité à venir, et les condamne, entre autres pénalités, à mourir un jour ou l'autre.
C'est le récit qu'a transmis la Genèse hébraïque, le Bereschit, dix ou douze siècles avant qu'il ne soit question au monde de religion chrétienne: catholique, orthodoxe (slave ou grecque) protestante (luthérienne, calviniste ou anglicane).
C'est de ce texte de la Genèse, purement juif, que l'apôtre Saint-Paul, tout inventé qu'il soit au II° siècle, se servira pour proclamer hautement:
- C'est par un homme (Adam) que le péché est entré dans le monde et, par le péché, la mort.
Car ,le scribe qui a signé les épîtres apostoliques du nom de Saint-Paul, se met absolument dans la peau du Juif qu'il est, avec un orgueil tout ethnique. Il s'en vante avec une espèce de sadisme, et il prouve sa race par une connaissance éminente et approfondie de la Thora et autres Ecritures juives.
Devenu « christolâtre », va-t-on le récuser, lorsqu'il s'empare, pour «évangéliser» les goïm, du mythe juif sur Adam, maudit par Iahweh-AElohim au nom d'une faute dont l'humanité a été rendue solidaire d'âge en âge ?
Non. L'Eglise ne conteste pas, bien que ce mythe juif l'étrangle comme un carcan et la brûle comme une tunique de Nessus, et avec elle, tout le christianisme. Si elle contestait, elle se suiciderait. Elle s'appuierait sur le vide.
Partant de ce mythe, première branche du dogme sur le péché originel et la Rédemption, l'Eglise complète ce dogme, fondamental pour elle, par le mythe de « Jésus », deuxième branche, :Et c'est encore Saint-Paul qui sera son autorité, dans ses Epîtres, où il ratiocine en ces termes
- Comme, par un seul homme, le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et qu'ainsi la mort a passé sur tous les hommes, parce que tous ont péché, et que, par la faute d'un seul, tous les autres sont morts (affirmations qui, n'ont pas d'autre jusification inacceptable que le mythe juif), de même, par la grâce de Dieu (Iahweh) et le don qu'il nous a faits dans sa grâce, par un seul homme, aussi, Jésus-Christ, son Fils, qu'il nous a envoyé, né d'une femme, né sous la loi (la Thora juive), et qui, comme un simple homme, s'est abaissé lui-même, se rendant obéissant jusqu'à la mort, même jusqu'à la mort sur la Croix, par lui le péché d'Adam a été pardonné, les hommes, tous pécheurs, rachetés de leurs péchés, grâce au sang versé de ce nouvel Adam, - le mot est toujours de Saint- Paul, - Christ immolé et vainqueur de la mort par sa résurrection. Au nom de ce Sacrifice expiatoire ouvrant à l'humanité la Rédemption, les hommes qui croiront au Christ, qui s'est donné lui-même en rançon pour eux, seront sauvés, hériteront avec lui de la Vie éternelle.»
Voilà le dogme fondamental du Christianisme. Je ne crois pas l'avoir déformé. Il est, dans tous ses éléments, Genèse, Iahweh, Adam, Eve, Christ-Jésus, Saint-Paul, Epîtres apostoliques, d'essence et de substance, jalousement et purement juives. Et. Saint-Augustin s'en est fait le doctrinaire .
Et pour achever de vous persuader que ce dogme est Juif, bien Juif, même quand les Chrétiens en feront le dogme sine quâ non de leur religion, Saint-Paul, qui l'invente, s'en attribuera la gloire et en attribuera la gloire à la nation juive, à laquelle, battant toujours l'estrade, il fait parade, jalousement, d'appartenir.
- « Le salut vient des Juifs I C'est aux Juifs que les oracles, de Dieu (le sien : Iahweh) ont été donnés.»
L'Apocalypse vous a appris qui a été et ce qu'a été l' « homme», historiquement, Juif pur dans sa chair de Iôannès-Christ, qui est à la base du Christianisme, - Messie à la manque qui, faisant confiance aux oracles d'Iahweh, «qui les a donnés aux Juifs », en leur promettant, car « ils ont Abraham pour père», la terre en héritage, prétendait, descendant d'Abraham et de David, comme plus récemment de Joseph-Juda de Gamala, réaliser en sa personne l'Espérance d'Israël, et, se manifestant par l'Apocalypse, devenir le bénéficiaire des promesses d'Iahweh, par la destruction systématique de toute l'humanité non-juive. Et vous avez appris quels moyens de haine diabolique et de cruauté odieuse, de xénophobie au paroxysme, il admettait à son service, Iahwah aidant, pour fonder « le royaume de Dieu».
C'est lui, c'est ce Iôannès-Christ de l'Apocalypse, Roi des rois et Seigneur des seigneurs (ou saigneurs), que les plus nobles portions de l'humanité adorent maintenant comme leur «Sauveur», et dont elles font un professeur de morale et de vertu, Fils de Dieu.
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Tous les hommes d'élite, tous les hommes de haut lignage, créent d'instinct, dans leur âme et dans leur conscience, un type de perfection, un modèle vers lequel doit tendre l'aspiration ardente de l'humanité en proie à la soif de l'idéal pour la vie morale et sociale, - peut-être aussi pour gagner la « Vie éternelle ».
Les uns, pour créer ce parfait modèle, n'ont pas besoin de l'intégrer dans ce dogme barbare, judéo-chrétien, sans fondement historique ou naturel, contraire à la raison et à la conscience, de l'humanité condamnée à mort, - dans la nuit lointaine des temps primitifs dont on ne sait rien, par le dieu d'une toute petite tribu sémitique, perdue dans un coin de la terre où elle vivait errante il y a cinq ou six mille ans, - pour la prétendue faute d'un hypothétique premier homme qui aurait mangé, malgré l'interdiction qui lui en avail été faite par ce dieu, du fruit d'on ne sait quel arbre botanique ou symbolique. Puis, ayant commis cette bénigne et vénielle désobéissance, elle aurait obtenu sa rédemption par un crime abominable, la crucifixion d'un soi-disant Juste, Juif certain, fils de Dieu, et criminelle avec le consentement de Dieu et de la victime expiatoire, machinant tout le drame.
Les hommes d'élite de la catégorie dont je parle, s'ils admettent que ces histoires sont des symboles, se demandent à quoi ils correspondent pour rendre un homme vertueux, sachant en plus que, ces symboles, le catéchisme catholique les grave misérablement dans les cerveaux de l'enfance, qu'ils détraquent, comme des faits historiques, comme des événements patents, aussi constatés qu'un flagrant délit.
Pour ces hommes de haut lignage, rejetant toutes ces « bourdes », comme dit Charles Guignebert, toutes « ces fables judaïques »,.comme disait le pape Léon XIII, faites pour le bas-peuple, « qui veut être trompé », ajoutait-il, vult decipi, c'est le seul idéalisme humain, que chacun porte en soi, qui modèle et affine ce type de l'étre parfait, fruit des longs efforts, à travers les âges, de la conscience universelle, solidaire en ceci, et non dans la faute d'un Adam, et l'élevant, peu à peu, en dépit des orages, des obstacles, des naufrages plus ou moins éphémères, brefs ou longs, mais jamais définitifs, jusqu'à des hauteurs surhumaines ou, si l'on tient, « divines ». Platon l'avait révélé bien avant « Jésus » ).
D'autres hommes, parmi lesquels il en est, certes, de noble lignage, - et ce sont les seuls qui m'intéressent, - ne peuvent concevoir la spiritualité, se représenter l'homme parfait, qu'à travers et sous les traits et espèces d'un « Jésus » qu'ils exté- riorisent du Christ historique, lui enlevant, ainsi qu'au Christianisme, tout ce qu'il a de Juif, dupes, sans le croire ou s'y résignant, car ils sont, je pense, et sans exception, de bonne foi, - mais la bonne foi n'exclut ni l'ignorance, ni l'aveuglement, ni la faiblesse d'esprit, ni la sottise, - du camouflage grossier qu'on a fait subir au Iôannès-Christ, en le transfigurant en dieu Jésus-Christ, revêtu des lambeaux arrachés «par façon de larcin furtivement fait», et inavoué, à l'éblouissant manteau de la Philosophie et de la Morale antiques, éternelles.
Camille Jullian, académicien, auteur d'ouvrages appréciés sur la Gaule, l'avouait un jour: - « Si nous sommes chrétiens, écrivait-il, s'il faut tenir à ce nom comme à une formule de salut (est-ce une hypothèse désespérée qu'il émet ou une affirmation positive, malgré sa forme littérale ?), c'est qu'il représente, avec tout ce que les réves galiléens ont mis dans la conscience humaine, toutes les leçons que les philosophes anciens y ont laissées.» Les rêves galiléens ! La Vie de Jésus de Renan, n'est-ce pas ? brossant un tableau pastoral, arcadien, enchanteur, d'une Judée qui fut à feu et à sang, sous Auguste, Tibère, Néron, Vespasien, Domitien, Hadrien: 150 ans. Camille Jullian, Ernest Renan, les rêves galiéens ! Rien de plus faux. Voyez l'Histoire. Lisez l'Apocalypse.
A la vérité, et pour aller jusqu'au fond de ma pensée, je crois que les meilleurs des Chrétiens, - c'est mon avis et il est tout à leur honneur, - s'imaginent que le Christ, le « Jésus», est le modèle qui commande leur idéal ou l'idéal, et, ce faisant, se trompent eux-mêmes, et intervertissent l'ordre des effets et des causes. C'est eux qui mettent l'idéal ou le leur dans le Christ ou Jésus, l'illuminent et le transfigurent. Et c'est si vrai, que l'idéal qu'ils portent en eux est identique, spirituellement et humainement, exclues les fables judaïques, à l'idéal universel, un et éternel, de la philosophie spiritualiste, qui dépasse singulièrement, dans ses possibilités, l'idéalisme confus, equivoque, et contradictoire des Evangiles, - vin de la Vigne d'Iahweh, mal décanté dans la coupe hellène, - malgré les interprétations « forcées» que l'on en fait tendancieusement, pour les besoins des intérêts de la religion, en rejetant dans l'ombre tout ce qui est juif et apocalyptique, pour ne faire valoir que « les leçons qu'on a dérobées aux philosophes anciens, qui les ont, Camille Jullian dixit, laissées dans nos âmes ». Pas besoin donc des Evangiles.
Au surplus, s'il plait aux chrétiens de croire que c'est le Christ juif, d'après la transfiguration-camouflage qui l'a idéalisé en gros, qui est le «divin» modèle de la perfection, libre à eux. Les opinions sont libres. Leur foi a le droit de s'exprimer et je n'y mets aucun empêchement.
Quant à moi, exprimant aussi mes idées, librement, celles d'un homme de l'Occident, en Français dont la race est celle de la grande famille aryenne, qui n'ai pas plus le préjugé sémitique ou judéolâtre que chrétien.ou christolâtre, qui comprends, idéaliste humainement, que l'homme se cherche ou se crée un modèle de vie morale et sociale, je ne cache pas qu'il m'agrée peu qu'on l'ait incarné dans le Juif de l'Apocalypse, même drapé, au cours des siècles, dans l'idéalisme de la philosophie humaine, claire, rationnelle, dont «le miracle grec» nous a révèle la splendeur, - et qui lui va si mal, le gênant aux entournures, comme un complet de mauvaise confection, de coupe disproportionnée à son anatomie morale. Les chrétiens ne sont pas de mon avis, Qu'ils gardent donc leur dieu. Je n'y vois pas d'autre objection que la vérité historique.
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Et pourtant, il en est peut-étre une autre objection, plus grave, que je voudrais essayer de dégager de toutes les apparences qui semblent me donner tort, pour le moment, mais qui s'effacent, comme le voile tombe devant la statue, quand on envisage les choses de plus haut que l'heure présente, dans l'esprit de la philosophie de l'Histoire.
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Pour sauver la face, je veux dire le Christianisme en péril, nos savants, tout en n'étant pas d'Eglise, appuient avec ostentation sur ce qu'ils ont découvert, dans leurs investigations, que la religion chrétienne est un syncrétisme. Ils diluent à plaisir les notions d'origines différertes : notions juives du Messie, notions gnostiques de l'AEon Jésus s'incorporant de temps à autre dans le Christ, notions de l'incarnation, théorie du Christ Rédempteur de Saint-Paul, catéchèse apostolique coulée dans les rites sacramentels des mystères païens, - tout un premier ensemble, - et tentatives pour fondre l'appareil, en somme très cohérent, qu'est le corps des doctrines des grandes écoles philosophiques de la Grèce, de Rome, avec des noms tels ceux de Pythagore, de Platon, des Stoïciens, d'Aristote, voire d'Epicure, de Lucrèce, de Cicéron, de Sénèque, etc. - deuxième ensemble. Mais qui ne voit qu'au fond, ces deux ensembles, que l'on détaille, ne forment chacun qu'un élément, en sorte que le christinisme n'est qu'une juxtaposition de ces deux éléments : l'un venu du judaïsme, il est facile à identifler; l'autre, gréco-latin, qu'on peut désigner sous le nom général d'HELLÉNISME.
De ces deux éléments, l'un, le JUDAÏSME, historique, originaire, essentiel, sincère, loyal, authentique, ethnique, est donc foncièrement juif. C'est sur lui, qui l'a fondé, que repose, conformément à l'histoire, le Christianisme. C'est sa base, son ossature, ses murailles, sa charpente, et, quoique « rêves galiléens », ce n'est pas «rêves dans les nuées ». C'est l'Apocalypse, accomplissant la Thora, réalisant la domination d'Israël sur le monde par la destruction des nations. L'autre, l'Hellénisme, n'est qu'un revêtement superficiel, comme un crépi de mortier sur les murailles, comme un papier de tenture sur le plâtre des pièces.
L'histoire est juive, les personnages sont Juifs, les dogmes religieux sont juifs. La morale est un dérnarcage de celle des races de la grande famille aryenne, cristallisée dans l'Hellénisme: préceptes d'amour, de douceur, de bonté, de perfection, de vertu, de justice, de fraternité. C'est l'Hellénisme qui a été, pour le Judaïsme, la révélation « divine».
Malgré l'appui des Barbares, après la chute de l'Empire romain, jamais l'Eglise, dans l'universel désarroi et l'anarchie des temps, n'aurait pu faire une propagande religieuse, si, devant les races aryennes de l'Europe, elle n'avait brandi, aux mains de son dieu Jésus inventé, reniement déjà du Christ judaïque, le lumignon allumé au flambeau de l'Hellénisme.
Et elle a eu beau faire, elle aura beau faire, ses origines et ses dogmes, qu'elle ne peut rejeter sans se suicider, la tarent à jamais et la compromettront de plus en plus, - malgré son apparente puissance qui n'est qu'une toile d'araignée sur le monde, - auprès des races de la grande famille aryenne dont elle a forcé les portes et contaminé les peuples.
Incarnant le fanatisme judaïque, même transnominé chrétien, et le rêve «galiléen» de la domination universelle, qui a mû son action dès ses origines juives, marquée par ce double sceau indélébile, il est vrai qu'elle a réalisé l'espérance d'Israël, non pas sans doute en détruisant le monde, mais grace au libéralisme impénitent des gouvernements qu'elle a servis, qui l'ont laissé faire ou aidée dans son action, en l'inondant de flots de sang, - celui de la Bête, le sang de ceux qui, malgré ses persecutions, refusaient de se prosterner devant son dieu.
Et cependant, même au cours de sa puissance incontestée, soutenue par les chefs des peuples, toutes les fois que son fanatisme judaïque, faisant explosion pour asservir les rois et peuples dans le temporel, a froissé la conscience aryenne, celle-ci s'est hérissée, tantôt en défense, tantôt en révolte, avec des fortunes diverses, tantôt heureuses, tantôt désastreuses, mais de plus en plus efficaces. L'histoire a retenu la longue suite de ces querelles entre l'Eglise et les peuples et leur chefs pour remettre l'Eglise à sa place et na lui laisser que le rôle de professeur de catéchisme, au nom de cette liberté de conscience, fille de l'Hellénisme, qu'elle a toujours interdite en dehors d'elle, et par tous les moyens, sang et feu, quand elle a pu.
« Tous les efforts des Européens, a écrit à juste titre Rémy de Gourmont dans le Chemin de velours, pour adapter à leur organisme les dogmes chrétiens ont été inutiles.»
Pour se faire accepter et supporter, l'Eglise se donne aujourd' hui, des airs de grande Puissance morale, n'ayant pu réaliser son rêve «eschatologique », celui du Christ de l'Apocalypse, en empruntant à la morale des belles civilisations antiques ses meilleures notions, ses plus spiritualistes doctrines. Elle veut apparaître aussi comme la grande consolatrice. Depuis la guerre dont les malheurs ont si fâcheusement affaibli le stoïcisme des âmes, on la voit, par ses ministres, dans les cérémonies officielles pour honorer les morts, imposer sa présence, plus utile à son prestige, qu'efficace pour sécher les larmes.
Elle joue son va-tout, avec, actuellement, la complicité des Gouvernements et des classes dirigeantes qui font de la religion, suivant l'opportunité, un moyen de domination, à qui tous symptômes des révolutions échappent et qui ne semblent pas comprendre qu'il n'y a de salut social, pour les peuples de la famille aryenne, fils de l'hellénisme, contre toutes les dégénérescences mortelles, que dans le retour de l'homme, inverti de catéchisme judéo-chrétien à l'homme normal tel qu'il sort de la race et dont il est funeste de violenter l'instinct et le génie ethnique.
C'est par en bas, par le peuple que s'avance et progresse la libération, l'affranchissement de ce fanatique et vieil héritage sémitique qui a dénaturé noire sang et juddo-christianisé peu ou prou l'âme des races aryennes.
Puisse cette libération s'effectuer sans une révolution, par la seule force, en y mettant le temps qu'il faut, de la raison ! C'est un paradoxe qu'une race, en qui son instinct a mis ta loi de l'Hellénisme, s'attarde aux conceptions asiatiques du Judaïsme et veuille s'acharner à concilier deux éléments au picrate, qui ont causé déjà tant d'explosions, tant ils sont antinomiques et irréductibles.
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« L'Hellénisme a proclamé l'harmonie du Cosmos et l'excellence de la vie humaine glorifiée par la Sagesse et l'héroïsme. Il a fondé la civilisation rationnelle, basée sur la Science et la précellence des élites. Il a fait pour le monde l'épiphanie de la Beauté. Il a conçu un style de vie dont la qualité n'a pas été retrouvée depuis. Il a réalisé, par Rome, la paix auguste. » C'est à Rome que l'on doit l'organisation administrative et juridique de l'humanité civilisée, obtenue par le respect du Droit, la pratique de la tolérance et le dévouement actif de tous les citoyens à la chose publique. L'Hellénisme, c'est ce qui est humain, et rien d'humain ne lui est étranger.
Le Judaïsme, mécontent du Cosmos et de ce monde que son dieu Iahweh, à ce qu'il prétend, a pourtant créé, et c'est le mythe aussi du Christianisme, - proclamant à chaque soir des six jours de sa création, ce Iahweh, que « son oeuvre était bon », n'a révé, ce Judaïsme, ainsi que le Christianisme, sur ses traces, que de le détruire, comptant pour rien la vie humaine, appel, sans gloire, « au grand jour de la colère d'Iahweh ». Parce que leur dieu iahweh, dont ils pensaient qu'ils n'avait créé le monde que pour eux, avait été incapable de les défendre contre les peuples conquérants, les Juifs ont vociféré « contre l'iniquité criante du monde», eux qui avaient aussi cependant massacré, suivant leur pouvoir, les peuplades du pays de Chanaan, dont ils s'emparèrent, par une iniquité égale à celles qu'ils dénoncèrent ensuite quand elle s'exerça à leurs dépens. « Périsse le monde ! pour qu'israël règne seul sur toute la terre enjuivée !» L'Apocalypse chrétienne du Iôannès-Christ n'est que le scénario dramatique de ce souhait judéo-chrétien.
Les logomachies idéologiques de l'anarchie révolutionnaire n'ont eu qu'à transposer du plan international universel et politique, du point de vue judaïque, sur le plan social moderne, la revendication d'Israël, « sa soif de justice », aboutissant à une dictature mondiale, pour composer leurs programmes de destruction de la civilisation contemporaine, avec le même fanatisme judaïque, les mêmes appels aux bas instincts des foules dupées qui serviront de marche-pied aux malins, lors du «Grand Soir rouge », avènement d'une ère nouvelle où, par une exacte et égale répartition des biens, - ne disons rien de l'inégalité du coeur au travail et de la vaillance à produire, - les iniquités disparaîtront et la Justice, avec un J majuscule, règnera : le Royaume de Dieu, vraiment, le Paradis retrouvé ! Périsse le monde, plutôt que l'injustice soit !
Le Judaïsme, par les Juifs de la Promesse d'iahweh les faisant héritiers de la terre, « race haîsseuse de ce qui est humain » en se proclamant la race élue, supérieure à toutes les nations dont il a mérité l'exécration, et qu'il voulait circoncire et judaïser, sous peine de disparition, le Christianisme, à sa suite, tout aussi sectaire, « clérical », en se donnant pour vocation, dans son fanatisme agressif et irrité, de convertir la terre sans distinction de races, ni de nationalités, tous les deux sont entrés, religions de combat, comme en son temps l'islamisme, en conflit avec tous les peuples et leurs religions, croyances et sagesses, - tous les deux fauteurs de guerres, et responsables de flots de sang répandu, auprès duquel le sang d'Abel est une goutte perdue et le crime de Cain, quantitativement, une peccadille, nayant pas, comme l'Eglise, diaboliquement persévéré.
Judaïsme et Christianisme, l'un portant l'autre, toujours poussés par leur vocation usurpée et l'outrecuidant mandat dont ils se sont nantis de représenter « Dieu» sur la terre, et au nom de leur arrogante prétention de détenir les vérités religieuses, seuls, à imposer à tous, créant le délit et le crime d'opinion, dignes de condamnation « capitale» contre les hérétiques, ont semé dans le monde cette peste de l'intolérance, que l'antiquité gréco-romaine avait pratiquement ignorée, et sous la pire forme, la pire de toutes, l'intolérance religieuse.
C'est contre le Judéo-Christianisme, quelles que soient ses sectes, catholique ou protestante, bien que les protestants l'aient d'abord revendiquée contre la catholicisme papal, que le monde, se souvenant d'instinct de l'Hellénisme, a obtenu et décrété comme un droit imprescriptible de la personne humaine, malgré le « veto» de I'Eglise, la liberté de pensée, cette noblesse infinie de l'homme.
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L'Hellénisme gréco-romain a peuplé le monde ancien de monuments qui sont d'admirables et uniques jets de l'Art: temples, parthénons, statues, prétoires, thermes, bibliothèques, théâtres. Il a fait de la Méditerranée un lac immense et pacifique où, sous la tutelle des lois policées, se sont échangés les produits, les idées et les moeurs de trois continents, rapprochant les peuples, pour le meilleur bien de l'humanité.
L'idéal de l'Hellénisme, c'est le Sage qui s'élève à la contemplation de la Vérité, s'aidant de la Science par l'exercice de la droite raison, et qui, désintéressé, fait bénéficier les hommes de ses utiles découvertes.
Le Juif, on le lit encore dans la Réponse à Appion, du milieu du 1er siècle, et c'est vrai, n'a rien inventé d'utile à la vie. Et le Christianisme, pas davantage.
Perdus dans les mômeries religiosâtres, Judaïsme et Christianisme ont été les ennemis de la Science et de la Beauté, révélations de Satan. Ils ont renversé les statues, brisé leur marbre, détruit les temples, gratté des manuscrits pour remplacer sur le parchemin d'immortels chefs-d'oeuvre de la pensée humaine (Eachyle, Sophocle, Ménandre, Philémon, Mimnerme, Alcée, etc.) par des poésies, si l'on peut dire, d'un Saint-Grégoire ou des homélies ridicules dont ne sait quels moines pauvres d'esprit, abêtis de christolâtrie. Ils ont ruiné le commerce sur terre et sur mer, arrêté les échanges, brûlé les bibliothèques avec une ferveur sauvage d'iconoclastes, anéantissant l'esprit humain et son coup d'aile, tout ce par quoi l'homme est divin.
L'apport, la contribution intellectuelle du judéo-christianisme au progrès humain, c'est sa Cosmogonie impossible de la Genèse, alliée à une dogmatique aussi autoritaire que matérialiste et grossière; c'est sa physique de crasse ignorance, son histoire chimérique, bâtie sur l'imposture indurée, son exégèse qui pousse le don du contresens jusqu'au génie. C'est le cri du dandy catholique Brunetière, de la Revue des Deux-Monde:, proclamant, en face de Galilée condamné par l'Eglise pour avoir dit que la terre tourne, « la faillite de la Science». Comme c'est beau ! Et Tertullien, niant les antipodes, parce que les hommes y marcheraient « la tête en bas» ! Plaudite, cives!
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La Grèce a divinisé la nature en raison de sa beauté... L'Hellène place la dignité de la personne humaine dans la maîtrise de la raison et la discipline de l'âme. Le génie grec apparait en toutes ses manifestations comme une fière revendication des droits de l'intelligence en présence des traditions divines et humaines, souvent absurdes et cruelles, comme celle du péché originel et de la Rédemtion par le sang du crime. LHellénisme trouve que la vie mérite d'être vécue, même sans lendemain. La fragilité de nos joies n'est qu'un motif de les aimer mieux. En les cueillant avec choix et mesure, le Sage en compose une oeuvre d'art parfaite. Il refuse d'imputer le sort contraire à une faute qu'il n'a pas commise.
La vie antique fut une vie lumineuse d'hospitalité, de sociabilité, de volupté, d'illustration et de gloire, héroïsant l'âme et le coeur, vie de forum, de théâtre, de gymnase, de camps et vastes horizons. Le christianisme a mortifié la vie, l'isole, l'humilie, la voue à l'ombre triste, au cloître, à l'inutilité et à la paresse de l'oraison, à la mutilation de l'ascétisme, propre aux natures déficientes pour qui le courage de vivre implique un surmenage, et qui préfèrent la léthargie stérile dans l'attente de visions hystériques.
L'âme antique a glorifié le génie humain dans ses dieux et dans ses héros, et c'est pourquoi ses dieux sont ceux de la beauté et de la vie, et sa religion si poétique, si riante, si heureuse. C'est aux Judéo-chrétiens qu'appartient le dieu solitaire et farouche du Sinaï, le Iahweh jaloux et vindicatif, exclusif et autoritaire, et son Fils sans grâce et patibulaire, dont les funèbres mystères tournent autour d'un gibet.
Ne pouvant se soustraire h la nécessité de souffrir, et en présence de l'inévitable, l'Hellène garde le droit de s'estimer; il acquiesce à l'ordre du Cosmos, sans souhaiter le bouleverser, sans éprouver, véritablement humble de coeur, le besoin de le rectifier par la perspective d'une autre vie.
L'idéal du Christianisme, c'est l'orgueil du martyr et du Saint, les vertus monastiques, négatives, égoïstes, poids morts pour les Sociétés, individus et institutions parasitaires. Le chrétien ne voit dans la nature que bassesse et corruption. La terre n'est pour lui qu'une vallée de larmes où il est en exil. « Pour moi, chrétien, la terre est un exil, mais tout est bien !» chante un hymne protestant. La vie lui est une épreuve morale, où « il faut marcher de péril en péril, mais tout est bien», car l'infini en est l'enjeu. Ce qui ne l'empèche pas, malgré ses airs détachés des choses de ce monde, de tenir à ses sous, à sa santé et à l'existence, adressant à Dieu des prières pour lui conserver la vie et éloigner la mort, qui doit pourtant l'emporter dans la vie éternelle. « O mon âme captive, vers la céleste rive, quand t'envoleras-tu ? » Le plus tard possible.
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L'Hellénisme, tout individualiste qu'il fut en Grèce, d'esprit plus collectif à Rome, a subordonné l'intérêt particulier à l'intérêt de la patrie. Il a créé cet admirabe type du civis, citoyen, .
+++++++++++++ Ici Manque deux pages (p.403 et 404) +++++++++++++ .de perdition, - honneur à la femme ! disait au contraire Pythagore ; c'est par elle, Iseha, séparée de Isch, erreur inexpiable d'Iahweh, que je mal est entré dans le monde ; et il ne sera réparé que par la réadamisation, deux-en-un. Avec quel dédain, d'ordinaire, l'apôtre Paul, les Apologistes chrétiens parlent de la femme ! Cet « os surérogatoire », comme dit. Bossuet, évêque et aigle de Meaux, que ne paraissent pas avoir scandalisé les amours continuellement adultères de son roi, à qui les bâtards ne faisaient pas peur, cet os, ce côté de Isch, formée en femme et devenue Eve, mère de tous les vivants, donc notre mère, appartient-il même au genre humain ? Pas plus qu'une bête, d'après I'Eglise, tout au moins jusqu'au concile de Mâcon (an 585), «relevant sa condition ». Et n'a-t-il pas fallu attendre jusqu'à ne sçay plus quel concile médiéval, après l'an Mille, pour que l'Eglise consente à lui reconnattre une âme?
Et c'est la femme qui est aujourd'hui le «suprême espoir» et le dernier rempart de l'Eglise. Quelle est donc celle qui s'écriait, en vraie chrétienne : « Et s'il me plait, moi, d'être battue ! » Maintenant, rien ne vous empêche de lire les Lettres de Saint- Jérôme, - mais que sont donc devenus ses manuscrits ? - où des femmes comme Marcella et sa fille supportent héroïquement le fouet des soldats d'Alaric leur demandant de l'or, qu'elles n'ont. pas, ou ne veulent pas donner (Edition Erasme, Bâle 1516).
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Quant à l'esclavage, cette tare de la Société antique, dont on a fait état avec intempérance contre le paganisme, les jurisconsultes de Rome n'ont cessé de le déclarer contraire à la loi naturelle, alors que l'Egise, et tout particulièrement par la voix de son apôtre Saint-Paul, dans ses Epitres, l'a pleinement sanctionné, au point de vue social. Et Saint-Thomas d'Aquin, le docteur angélique, le plus grand théologien du catholicisme, lui a, au XIII°siècle, trouvé un statut juridique.
S'il a fini par être proscrit et pourchassé, c'est dans les colonies espagnoles, celles du peuple le plus fanatiquement catholique, hier encore, qu'il s'est le plus longtemps perpétué et maintenu. Quant aux humbles, aux pauvres, aux déshérités de ce monde, on faveur de qui Cicéron invoquait la solidarité sociale, traitant de déserteurs, de traîtres à la cause de la société, ceux qui se résignent à l'injustice sociale, l'Eglise, après leur avoir insufflé l'esprit de révolte, pour s'en faire des auxiliaires contre Rome à «tomber», et, avec Rome toute la civilisation de l'Hellénisme, n'a su que leur prêcher la résignation, selon l'ordre voulu par Dieu, quand, devenue elle aussi Puissance, une Puissance, riche, ayant drainé l'or, acquis des domaines, par achat, donations ou autrement, fiefs, abbayes, monastères, elle a fait miroiter à leurs yeux la Parabole consolatrice du Riche et de Lazare, et à redressement des torts et iniquités dans une autre vie.
Elle est devenue ainsi la plus grande force et le plus sûr soutien du conservatisme social, ralliant sous son drapeau judéo- chrétien de parfaits païens qui comptent sur elle pour endiguer l'anarchie. En quoi d'ailleurs ils se trompent, tel Charles Maurras et tant de faux laïques de la politique .
Voici pourquoi.
Quand la Gaule indépendante, peuplée de quatre à cinq cents tribus juxtaposées formant soixante-douze peuplades ou nations, impossibles à rassembler et à fondre dans l'unité et le cadre d'un Etat, fut d'abord entamée, dans sa région Méditerranéenne, Provence et Narbonnaise, puis conquise toute entière par l'Hellénisme à la suite des guerres de Jules-César, alle ne tarda pas, par affinité de race, à adopter la civilisation gréco-romaine qui s'y développa avec une soudaineté, une facilité et une ampleur telle qu'on peut dire que l'âme gauloise se révéla à elle-même par l'Hellénisme.
C'est qu'en effet, toutes les qualités du génie grec, clarté, harmonie, mesure, grâce, aisance, amour dc la gloire et de l'héroïsme, qui fait l'âme courageuse, naturel et douceur, finesse, enjouement et émotion souriante, sans oublier les défauts, légèreté, tendance à bavarder plus qu'à agir, manque de persévérance, un certain tour d'esprit qui poussse à se vanter, toutes ces qualités et ces défauts étaient dans le génie et l'instinct des populations de la Gaule. On a dit que les Français sont les Athéniens de l'occident. Et ce n'est pas sans raison.
Comme la Grèce, la Gaule n'a été, politiquement, qu'une entité territoriale où se coudoyaient des républiques indépendantes. Au point de vue philosophique, « les Druides, a écrit Ammin Marcellin, réunis en sociétés, s'occupent de questions profondes et sublimes, s'élevant aux-dessus des choses humaines. » Ne pense-t-on pas aux écoles philosophiques grecques, l'Académie et le Portique ? Les Gaulois avaient foi dans l'immortalité de l'âme, et avec une telle intensité que les Grecs et les Romains, qui y croyaient aussi, en un temps où les Juifs n'en avaient qu'une obscure notion, en étaient étonnés.
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Pendant cinq et six siècles, l'Hellénisme a développé dans l'âme gauloise, comme chez tous les peuples de la grande famille aryenne, il a consolidé, il a fortifié le génie propre de la race, la marquant de son caractère spécifique, à le rendre ineffaçable.
Quand le Christianisme s'est offert aux envahisseurs barbares de la Gaule, il n'a pu s'y installer qu'au prix de compromissions peu honorables pour ses dogmes. Ce n'est qu'en s'assouplissant à une moyenne médiocre de conciliation, que l'Eglise a pu se faire supporter. «La prétendue transfiguration de la société païenne, a écrit Charles Guignebert, exactement informé, parait se réduire à bien peu de chose. » Et il ajoute, à peu près en ces termes : « L'Eglise n'a cherché qu'à s'assurer la tranquillité, une existence exempte de tribulations. Elle a jeté un pont entre l'Hellénisme et le Judaïsme (un pont en porte-à-faux, préciserai- je), mais qui traverse un abime.»
C'est qu'il n'est rien d'aussi antinomique, d'aussi irréductible l'un à l'autre que l'Hellénisme et le Judaïsme : - « II n'est pas possible de concevoir, dit Louis Rougier, deux sensibilités, deux optiques du monde et de la vie, deux hiérarchies de valeurs plus antithétiques que celles de l'Hellénisma et du Christianisme. » Il y a bien entre eux un abime. Et c'est l'idée qu'a traduite, Henri Heine, un israélite né, mais que la grâce de la Sagesse, dans ce qu'elle a de plus idéalement humain, a touché, quand il a écrit, montant en épingle deux épithètes lapidaires: - «Juifs et Chrétiens sont pour moi (pour nous aussi) des termes tout à fait. similaires, par opposition aux Hellènes. Et par ce dernier mot, je n'entends pas un peuple particulier, mais une direction d'esprit, une manière de voir innée et acquise tout ensemble. A ce point de vue, je dirais volontiers que tous les hommes sont NAZAREENS ou HELLÈNES, les uns (les Nazaréens) avec des tendances ascétiques, iconoclastes, spiritualistes ; les autres (les Hellènes), avec des tendances réalistes tournées avec fierté. C'est ainsi qu'il y a eu des Hellènes dans les familles de pasteurs protestants, et des Juifs qui sont nés à Athènes et descendent peut-être en droite ligne de Thésée. »
Je ne sais pas s'il y a des Juifs, nés à Athènes, qui descendent peut-être en droite ligne de Thésée. A prendre Thésée comme un homme et non comme un héros de légende, et à supposer qu'il ait eu des descendants dont la lignée ne se soit pas éteinte, le prosélytisme judéo-chrétien a bien pu, dans le lointain des siècles où l'on convertissait le monde au christianisme, par la force au besoin, faire de certains Grecs, des croisés du Nazaréen juif.
Il est bien possible aussi qu'il y ait eu des Hellènes dans les familles de pasteurs protestants, - qui renient alors Luther et Calvin, plus férus des dogmes juifs originels que bien des papes aiguillant le catholicisme vers un retour insensible au paganisme hiérarchique indo-européen.
Mais je tiens pour exacte la grande division de Henri Heine : les hommes se partagent en Chrétiens et Hellènes, - sous cette réserve que les Nazaréens ne sont pas toujours aussi spiritualistes, et les Hellènes aussi matérialistes qu'il le dit.
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L'Eglise, la religion chrétienne englobent les « Nazaréens». Toutefois, quand il a contaminé l'âme racique des « Hellènes » de notre pays, le Judéo-christianisme l'a mise en sommeil ; il ne l'a pas détruite. Longtemps, on a pu s'y tromper. Mais dans les temps modernes, lorsque l'Hellénisme s'est réveillé, a repris le dessus, depuis le XVIII° siècle à tout le moins, et depuis la Révolution, proclamant « les Droits de l'homme », dans une déclaration qui s'inspire toute de l'Hellénisme, et en rien du judéo-christianisme, la religion issue du juif « Jésus » est blessée à mort. L'Eglise, malgré les apparences, le sent bien. C'est qu'en s'insurgeant contre les principes du Droit républicain, du Droit moderne, héritier de l'Hellénisme, tolérance, laïcité, liberté de pensée, elle s'est mise en opposition avec le génie même et l'instinct profond de la race, qu'elle ne peut plus plier aux doctrines judaïques, n'ayant plus l'appui officiel des Gouvernements, qui sont d'ailleurs dans l'impossibilité de le lui donner, à cause de l'opinion publique, même si, par trahison, ils essayaient de le faire.
L'Eglise a créé ainsi, dans le pays, et devait fatalement aboutir à la créer, une scission entre les Français de l'Hellénisme et ceux du Judéo-christianisme. Elle est responsable de l'antagonisme de ce que Waldeck-Rousseau a qualifié les « deux Frances » en mettant la religion au-dessus du civisme et du sentiment national.
C'est pourquoi, malgré Charles Maurras, je ne la tiens pas, voyant, je crois, plus loin que lui, pour une force de conservation sociale, en dépit des apparences immédiates. Elle est virtuellement ou ouvertement en rébellion contre l'Etat moderne.
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Je suis «Hellène ». Je ne me reconnais pas comme croisé du Golgotha, ou Nazaréen. Je suis pour la déesse de la Sagesse, Pallas.-Athéné-Minerve. Je suis pour ce qui est « humain » pour la morale universelle.
Mon «anticléricalisme», s'il y a, n'est qu'une protestation contre toute domination religieuse, surtout quand elle déborde, du domaine moral, sur le terrain politique. Il s'oppose à toute persécution contre les croyances, qui sont affaire de conscience, et rien que de conscience, et je suis de ceux qui reconnaissent et garantissent et revendiquant la plus absolue liberté de conscience.
Et je m'accorderai toujours avec ceux qui pensant, qu'il n'est pas nécessaire de se haïr pour des questions de sentiments qui s'opposent sur l'insondable et insoluble problème de la destinée humaine. Que Dieu existe, que l'âme existe et soit immortelle, ce sont là des concepts, des « dogmes», si l'on veut, qui n'appartiennent pas au seul christianisme ; ils lui sont antérieurs de milliers d'années. Ils sont nés dans la conscience même des hommes. Ils suffisent, à mon avis, comme fondement de la vertu. Je n'en discuterai ni comme historien, ni en tant qu'homme avouant mon impuissance à définir Dieu.
Ce dont je suis sûr, en tout cas, du point de vue de l'Histoire et de la Philosophie, c'est que l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme, avec toutes les doctrines dont on peut les étoffer, pour obliger les hommes à la morale «par la peur du gendarme»: récompenses dans l'au-delà de la vie terrestre pour les justes, et punition des méchants, n'ont aucun besoin de s'appuyer, pour se défendre, sur l'histoire truquée, la légende et le mythe de l'effroyable Juif, même imaginativement transfiguré en dieu « Jésus», auteur de la religion chrétienne, - à qui nous devons, comme fondement du Christianisme: l'APOCALYPSE.
FIN